Defecal of Gerbe ne fera pas l'Eurovision, « Mothershit » ne sera pas disque d'or mais l'important est ailleurs, il est dans l'alchimie de la parodie et du Metal.
Il fallait bien que ça arrive un jour, surtout quand cela fait presque 15 ans qu'on a fait ses premiers pas : Defecal of Gerbe, l'un des rejetons terribles du Metal français sort ENFIN son premier album. Pour y arriver l'aventure fut tumultueuse, les démos et splits nombreux, les changements de line-up aussi mais qu'importe, réjouissons-nous plutôt de voir « Mothershit » débarquer, et en grandes pompes s'il vous plait. Attention c'est du violent, ça tache et il est impératif d'avoir un sens du second degré extrêmement développé pour pleinement apprécier cette oeuvre aussi géniale que déjantée.
Associer l'humour et le Metal n'est en rien anormal, bien au contraire. Il y aura toujours quelques mécontents pour dire que le style doit être pris avec beaucoup de sérieux pour véhiculer des messages importants et introspectifs mais certaines de ses branches n'ont pas cette vocation. Balayons donc du revers de la main ces tue-la-joie et enfonçons nous plutôt dans les tréfonds de « Mothershit » qui en 17 titres pour 44 minutes vous offre une bien belle récréation Brutal Death / Goregrind où se mêlent l'humour, les riffs gras, la parodie et les blasts-beat d'usages. 17 morceaux piochés dans les archives de Defecal of Gerbe qui ont été totalement réenregistrés histoire de leur donner une identité qui colle réellement à ce que le groupe est aujourd'hui, bah oui on appelle ça \'\'évoluer\'\'. S'il est vrai qu'on pense directement à une blague en lisant la liste des titres ('Camembert Nécrophile (\'\'la une\'\'), 'Sublime Inspecteur Derrick Decomposition (\'\'la six\'\'), 'Abbath Loves Friskies (\'\'la sept\'\')') il n'en demeure pas moins que Defecal of Gerbe possède un vrai savoir-faire quand il s'agit d'envoyer les décibels. C'est structuré, ça défonce, chaque riff et changement de rythme sont étudiés pour une efficacité maximum, il suffit de jeter un oreille sur les surpuissants 'Discolocauste', 'Beheaded Kamikaze' ou encore 'Règles in Blood (\'\'la huit\'\')' pour s'apercevoir que les gaillards ne sont pas des manchots. Pour balancer une telle violence avec cohésion il faut nécessairement avoir une dextérité quasi irréprochable sous peine de faire juste du \'\'bruit\'\', de même que pour aboyer ?, chanter ?, enfin growler de cette façon il ne faut pas qu'un bon producteur qui arrange la voix, il faut du coffre. Il vous en faut encore pour vous convaincre ? Pas de soucis, 'Madame Richard in the Land of Fist' et son riff de départ parfait pour le headbang devrait s'en charger, à moins que ce ne soit l'accélération de porc qui suit juste après qui fasse la différence, vous nous tiendrez au courant.
Du reste, ce télescopage Brutal Death / Goregrind avec un humour très parodique donne à « Mothershit » une singulière puissance dont les effets sont totalement bénéfiques, ça déchire, c'est hyper bien foutu, ce n'est que du bonheur, on est nettement au-dessus du niveau de la simple blague quand même. Comme on ne sort pas son premier album tous les jours, Defecal of Gerbe et le label Xenokorp en ont profité pour ne pas faire les choses à moitié. « Mothershit » est disponible dans un super digipack contenant en bonus l'édition physique de « Discolocauste » qui contient une tripoté de titres qui ont été remastérisés pour l'occasion. Un joli bonus qui fait de cet objet limité à 500 exemplaires un collector indispensable aux amateurs du genre.
Defecal of Gerbe ne fera pas l'Eurovision, « Mothershit » ne sera pas disque d'or mais l'important est ailleurs, il est dans l'alchimie de la parodie et du Metal. Aucune formule consacrée basée sur des poncifs usuels pour clôturer cet écrit, mais plutôt une idée de titre 'Tu sens la soupe aux poireaux, mais ce n'est pas grave je t'aime quand même, épouse moi'. Ça pourrait peut-être faire son chemin, cette idée, non ? Allez, on monte le volume et on écoute 'Adolph Lundgren'.