À travers ses humeurs, ses contrastes et ses élans, Mirador incarne un rock empreint de mythologie, de tension, mais aussi de sensibilité fidèle à ses racines.
Le projet Mirador est l’alliance de Jake Kiszka (guitariste de Greta Van Fleet) et Chris Turpin (chanteur/compositeur du duo Ida Mae), deux musiciens animés par une passion commune pour le blues, le rock vintage et les mythes enfouis. Selon certaines sources, l’aventure remonte à 2018, lors d’une tournée partagée entre leurs groupes respectifs, où jam sessions et affinités musicales ont finalement conduit à la formation du quatuor permanent, enrichi par Mickey Sorbello à la batterie et Nicki Pini à la basse.
Le 19 septembre dernier est sorti ''Mirador'', un premier album éponyme de douze titres. Produit par Dave Cobb et enregistré en quasi-live durant une quinzaine de jours à Savannah (Géorgie), le disque cherche à capter une énergie brute, une spontanéité, avec le minimum de retouches pour laisser transparaître la sueur et les aspérités du rock sur le vif.
L’album ouvre sur 'Feels Like Gold', comme une explosion de guitares et de promesses — riffs puissants, refrain élevé, ambiance instantanée. Le titre installe immédiatement le champ d’action de Mirador : un rock teinté de blues et de folk, mais joué avec conviction et densité. S’ensuivent 'Roving Blade' et 'Raider', portés par la complémentarité des deux voix (Kiszka et Turpin), le tout soutenu par une section rythmique assurée par Sorbello et Pini. Ces morceaux montrent une assurance stylistique : le groupe ne cherche pas seulement à imiter le passé, mais à s’y inscrire avec autorité.
Au coeur de l’album apparaît 'Must I Go Bound', morceau plus introspectif et moins saturé. L’ambiance est réduite, presque hantée — un espace où les voix alternent, les silences respirent, et où la simplicité instrumentale devient un atout. Ce moment contraste avec les moments les plus tendus du disque, et révèle le désir du groupe de ne pas se limiter aux excès du rock plus puissant. Avec 'Fortune’s Fate', on revient à une émotion plus directe : le morceau monte, s’impose, avec des élans lyriques et une densité expressive.
Le disque navigue ensuite entre les moments plus mordants — c’est le cas de 'Blood And Custard' où les guitares deviennent rugueuses — et les respirations acoustiques comme 'Dream Seller' ou 'Skyway Drifter', qui rappellent que l’ombre folk ou blues est toujours présente dans leur ADN. L’un des climats les plus sombres est atteint avec 'Ashes To Earth', où résonne une lourdeur presque Sabbathienne avant de s’élever en harmonies plus légères. Le morceau 'Heels Of The Hunt' imprime une urgence rythmique plus marquée, comme si le groupe enfilait ses bottes pour chasser ses propres démons. Enfin, l’album se referme sur 'Hymnal', une pièce plus sereine, presque méditative, et sur les dernières notes de 'Skyway Drifter', offrant une conclusion douce-amère à l’ensemble.
Ce premier effort de Mirador présente une belle cohésion entre puissance et nuances. Le côté quasi-live de l’enregistrement confère au disque une dimension organique — les aspérités, les petits défauts, les respirations sont autant de traits d’authenticité. Le duo Kiszka / Turpin fonctionne comme un axe : leurs voix dialoguent, parfois se répondent, parfois se complètent, sans que l’une ne prenne le pas de façon excessive. La production, tout en sobriété, laisse respirer l’espace sonore et évite les excès de vernis ; le son a du grain, il vit.
Alors, même si on sent parfois l’ombre de Led Zeppelin, de Rival Sons ou d’autres grands du rock classique planer sur certains riffs, Mirador n’est pas simplement une extension des projets existants de ses membres : c’est une proposition forte, un premier manifeste qui affirme que ce side-project pourrait bien devenir une entité à part entière. À travers ses humeurs, ses contrastes et ses élans, il incarne un rock empreint de mythologie, de tension, mais aussi de sensibilité fidèle à ses racines.