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Midnight City

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Drakulas

Les douze titres s'enchaînent comme des scènes d'un film dont on n'aurait jamais le synopsis, et c'est précisément ce qui les rend addictifs
12 titres
New Wave
Durée : 37
Sorti le 01/05/2026
20 vues
Il aura fallu six ans d'attente. Depuis ''Terminal Amusements'' (2020), les Texans de Drakulas avaient disparu dans les ombres d'une ville nocturne dont ils semblaient avoir tiré les rideaux sur eux-mêmes. Conçu initialement comme un projet parallèle par Savage Lord Mic, Sam Francisco (Riverboat Gamblers) et Pink Rick (Rise Against, sous son vrai nom Zach Blair), le groupe a depuis largement débordé les contours du side project pour développer une identité esthétique bien à lui — noires tenues, médaillons, VHS tremblotantes, et cet air de sosies de personnages de films de série B des années 80. Avec ''Midnight City'', leur troisième album longue durée, ils retrouvent leur maison spirituelle chez Dirtnap Records et débarquent avec douze titres qui sentent le béton humide et les néons clignotants.

Ce qui frappe d'emblée, c'est la cohérence du projet sonore. Drakulas n'a jamais cherché à faire dans la subtilité géographique : ils habitent une ville nocturne imaginaire, quelque part entre Los Angeles et une New York de fin de décennie 70, et chaque morceau en est une nouvelle adresse. L'ouverture 'Going Going Gone Gone' l'annonce sans détour : le riff en tourne sur lui-même comme celui des Sisters of Mercy sur un plateau à 33 tours, et le tempo psychotique donne l'impression d'avancer sur un trottoir mouillé en regardant derrière son épaule. Le groupe pèse plus lourd sur les synthés cette fois-ci — davantage que sur les deux premiers albums — et le résultat est une architecture sonore plus cohérente, moins frénétique, comme si la maturité s'était invitée sans jamais demander à ranger son blouson en cuir.

Dans le registre des pépites agitées, 'Singin' With My Tongue Cut Out' est une blague qui fonctionne parfaitement : malgré son titre évoquant quelque chose de sinistre, le morceau est incroyablement festif, presque pop, avec des cœurs qui surgissent comme des néons dans la nuit. 'Sex' part dans une tout autre direction, à mi-chemin entre Parquet Courts et une face B de David Bowie période 'Station to Station' — groove angulaire, voix traçante, et cette façon qu'ont les guitares de sembler légèrement déréglées sans jamais tomber.

Dans les territoires plus aériens, 'Learn The Curve' sonne comme un 45 tours de Devo retrouvé dans une boîte en carton au fond d'un garage, parfaitement conservé, avec ses synthés clairs et sa mélodie qui accroche immédiatement. Et puis il y a 'Wheelhouse', la pièce de fermeture : étrangement mélancolique, baignée dans une lumière de néon rose, c'est le genre de morceau qu'on aurait envie d'entendre dans un bowling désert à trois heures du matin.

Quant à 'Guys Like Me, Girls Like You', avec son côté électrique énervé illustre bien le soin apporté aux textes — ce monde construit de toutes pièces, avec ses propres codes, ses personnages récurrents, ses rumeurs de drogues et de jeux d'arcade.

Avec ''Raw Wave'' (2016) et ''Terminal Amusements'', Drakulas avait posé les fondations d'un univers. ''Midnight City'' en est l'achèvement : non pas un grand chambardement, mais la version la plus accomplie d'eux-mêmes. Les douze titres s'enchaînent comme des scènes d'un film dont on n'aurait jamais le synopsis, et c'est précisément ce qui les rend addictifs. Ce disque sonne comme une invitation permanente dans une ville qui n'existe pas — et dont on aurait pourtant envie de ne jamais repartir.