Lancer montre, à la fois, des signes évolutifs intéressants, campant à la place de digne ambassadeur du Power Speed, mais aussi le signe qu'il peut aller encore plus loin.
La Suède, pays réputé pour le Death mélodique dûment identifiable, formant, sans volonté pédagogique, une véritable école.
C'est un peu cliché mais là n'est pas l'objet de la présente chronique.
En fait, la Suède ne se résume pas au Death, ni au Black mais présente des ambassadeurs occupant d'autres registres musicaux, à l'instar du groupe Lancer, sévissant dans un Power Speed mélodique assez typé années 90's.
Nos braves vikings capitalisent un peu plus de 8 années d'expérience et en dehors d'un changement de bassiste opéré en 2012, nos joyeux Sudètes se caractérisent par une excellente stabilité de line-up. Nous dirons qu'ils se sont trouvés et qu'ils aiment toujours ce qu'ils font ensemble.
L'avantage de la stabilité, c'est la cohésion qui s'installe au gré du temps, permettant l'émergence d'une musique plus consensuelle, chacun se connaissant.
A l'inverse, l'inconvénient, si votre art musical n'est pas extraordinaire en raison du niveau global, il ne faut pas trop espérer devenir une grande pointure mondiale.
Justement, penchons-nous sur les productions passées lors des sorties des deux précédents albums, « Lancer » en 2013 et « Second storm » en 2015.
Le secret de Lancer fut vite percé par la presse spécialisée, un riffing assez orienté sur Iron Maiden, un speed du calibre d'Helloween, de l'ambiance à la Edguy.
Si le premier album faisait sourire par sa pochette stéréotypée, il fut constaté, à l'époque, que l'accueil réservé dans le monde du Heavy Speed fut assez convenable. Il y avait du travail dans la réalisation, de l'engagement.
Le second album était allé plus loin dans la qualité de sa production, le groupe montrait une légère mais nette évolution.
Voilà donc qu'est sorti le 3ème album le 13 janvier.
Première réflexion, le label soutenant l'oeuvre nouvelle, on ne rigole pas, la signature vient de Nuclear Blast. L'allusion faite ici ne vise nullement à prétendre que tous les groupes signés par des labels d'envergure en valent nécessairement la peine. Loin de là cette idée, je relève ici qu'un capital confiance est accordé à Lancer et cela constitue un indicateur intéressant dans mon esprit.
Oui, il existe encore des gens qui aiment et écoutent du Power Speed mélodique, le genre survit et comporte de sérieux représentants dans le monde.
Je pense que les artistes de Lancer sont donc bien conscients des enjeux autour de leur carrière.
Seconde réflexion, si nous observons la fréquence de leur production, nous observons une sortie tous les deux ans et cela semble un signe de bonne santé.
Ceci nous amène à la question centrale de la qualité de ce 3ème album.
En vaut-il la peine ?
Ma foi, en partie, oui.
Le chant d'Isak a évolué et m'apparaît plus limpide dès l'entrée dans « Dead Raising Towers » qui présente un très bon son.
Nous percevons donc davantage la richesse instrumentale, savourant la gratte de basse d'Emil ainsi que le caractère bien épique des guitares de Frederik et Peter, soutenues par une frappe bien inspirée des oeuvres de Sebastian. Le Power se dégage amplement dans ce premier titre et poursuit sur des jonctions typiquement speedées. L'engagement est toujours présent. Le chant est maîtrisé.
Même si je ressens toujours une base Maidenienne, je reconnais la griffe de Lancer sur « Future Millennia » s'engageant dans un chant speed de la belle époque, tout en gardant la quadrature assez Heavy. C'est sympathique.
S'ensuit le titre éponyme, qui se montre plus mordant. Lorsque le chant s'élève, un riff de guitare l'accompagne, ce qui donne une étrange dimension dans le rendu final sans que cela soit de mauvais goût. Le refrain est entraînant.
Sur « Victims Of The Nile », nous nous trouvons au rayon tendresse, partant dans la douceur d'un chant qui vient nous chercher au plus profond de notre moteur énergétique. Votre flamme sacrée se ravive tout au long de l'évolution du morceau et Isak fait tout pour, levant son timbre pour ensuite passer le relais aux guitaristes qui vous pousseront à la 3ème minute, parant sur un riffing de type « Flight of Icarus » et plongeant dans une sorte de « Fear of The Dark ». S'il est difficile de lever les comparaisons, le morceau présente une solide diversité de stimuli. Retour au calme dès la 5ème minute.
La surprise vient sur « Iscariot » partant au grand galop. Ma conscience est captivée sur ce morceau qui m'apparaît teinté d'une forme de majesté.
C'est rapide, bien ficelé.
La brève béatitude vécue sur cette 5ème piste n'est rien face au bonheur ressenti à l'écoute d'un morceau plus calme mais diantrement percutant,
« Follow Azrael » assez génial dans son édification musicale. Oui, on pense HammerFall… et alors, n'est-il pas agréable de penser à une telle pointure scénique ? C'est sans doute que ce titre est techniquement bon et prégnant.
Nous partons sur une partition Speed bien vitaminée avec « Freedom Eaters » qui se présente à nous comme étant efficace, esthétiquement beau et entrainant. Là, je dis, oui, Lancer brille sur ce morceau. Nous avons même droit à un chant de groupe.
8ème piste, un savoureux morceau plus poétique, « World Unknown » qui touche par son approche « Lovely ».
Nous nous demandons quand viendra l'explosion et elle arrive dans la seconde minute sur un superbe jeu de guitare pour ensuite retomber dans le calme…histoire de mieux rebondir ensuite. Ce morceau m'accroche. Partagez-le donc avec vos êtres chers.
« Widowmaker » ravive la flamme, revenant dans des soubresauts Power Heavy.
Le morceau est valable mais ne m'emballe pas plus que ça car il n'apporte rien d'extraordinaire.
Et vient le moment fatidique d'aborder le dernier morceau, « Envy Of The Gods » qui démarre dans le pur style Dickinson pour ensuite se lancer véritablement dans la première minute. Encore un morceau sympathique. Tout y est.
Après plusieurs écoutes, je relève 3 morceaux qui m'ont plus touché pour d'autres qui sont bien exécutés mais sans m'apporter une transcendance. Il manque un petit quelque chose.
Je ne parviens pas à chasser le spectre des comparaisons et ce, même si je commence à ressentir la griffe Suédoise « Lancer ».
Je reste donc sur le sentiment de découverte d'un album valable mais j'attends encore une sorte de maturation vers autre chose.
Même si les goûts sont subjectifs, je dirais que Lancer brille nettement plus dans le registre « Freedom Eaters », « Dead Raising Towers » et touche sur du calibre à la « Follow Azrael ».
Lancer peut encore évoluer et apporter quelque chose.
Ce constat peut paraître dur alors qu'il se veut bienveillant.
En conclusion, avec ce Mastery, Lancer montre, à la fois, des signes évolutifs intéressants, campant à la place de digne ambassadeur du Power Speed, mais aussi le signe qu'il peut aller encore plus loin.