La boule de billard n°8 revêt une symbolique toute particulière. En effet, dans le jeu, cette bille est décisive, car elle doit impérativement être rentrée en dernier pour gagner la partie. Cependant, si elle est empochée avant que le joueur ait d’abord rentré toutes ses billes, la partie est perdue. Elle est donc tout à la fois une opportunité (de gagner) et un risque (de perdre). En cela, elle n’est ni pour ni contre le joueur : elle est la conséquence finale de ses actions.
C’est pourquoi la « Eight ball » est un symbole très présent dans le monde du tatouage, renvoyant aux notions de confiance en soi (la vie comporte des risques, il faut savoir composer avec), et de mauvaises décisions passées à assumer. Elle a même donné naissance à un jouet de pseudo-voyance très en vogue aux USA, la « Magic 8-ball », en forme de boule de billard, réputé répondre à toute question concernant son avenir, et basé sur le simple mécanisme d’un dé à 20 faces flottant dans un liquide, et sur chaque face duquel est écrit une réponse type à des questions fermées.
C’est autour de ce concept que les norvégiens de Gazpacho livrent ici leur onzième album. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il comblera les fans…de Marillion !
Car dès les premières mesures, l’on retrouve cette écriture qui s’est installée au sein du quintet d’Aylesbury, depuis l’arrivée de Steve Hogarth. Délicate, ciselée, bucolique et nostalgique, elle imprègne de son influence l’ensemble des pistes de « Magic 8-Ball ».
Il faut dire que trois des membres de Gazpacho ont également œuvré au sein de la branche scandinave du fanclub des britanniques, leur valant dès leurs débuts de participer aux fameux « Convention Weekends » puis d’assurer la première partie de certaines tournées de leurs illustres parrains.
Nonobstant, bien que l’esprit de Steve Rothery et consorts habite la formation d’Oslo, point n’est question ici de plagier les anglais. Formellement parlant, le recours aux guitares nerveuses est ici plus franchement appuyé (« Sky King », « Magic 8-Ball ») et les sonorités de claviers sont plus vintage (« We are strangers », très typé 80). La tessiture de Jan-Henrik Ohme s’avère quant à elle plus neutre. A la différence d’un Steve Hogarth plus versatile, dont le style donne littéralement corps aux personnages des histoires qu’il raconte, le norvégien se positionne plutôt en observateur.
Quoi qu’il en soit, la puissance évocatrice de la musique du groupe est, tout au long de l’album au niveau de celle de leurs illustres modèles. Les images, les émotions naissent entre les oreilles de l’auditeurs, lui présentant des paysages sonores majestueux, invitant à la rêverie et l’introspection.
De fait, l’on renonce à reprocher le moindre manque d’originalité, pour louer cette aptitude à s’être approprié un style, comme un passage de relais. Loin d’avoir accouché d’un pet froid, Gazpacho (c’est bon ? Tu l’as captée, la blague ?) livre ici un superbe album, poétique et envoûtant. De ceux qu’il faut absolument avoir dans sa discothèque, car essentiels.