NDA assume le plaisir presque régressif d’un riff efficace, d’une batterie qui accélère soudainement et d’un refrain que l’on peut reprendre après une seule écoute. Bienvenue dans le punk rock mélodique façon années 90.
Il suffit parfois de quelques secondes pour savoir exactement où l’on vient de mettre les pieds. Avec NDA, seize suffisent. 'Low Ton', minuscule introduction qui donne son nom au premier album des Nantais, précède une demi-heure durant laquelle le groupe semble avoir décidé qu’il n’était pas nécessaire de choisir entre mélodies, vitesse, second degré et quelques sérieuses envies d’en découdre. Bienvenue dans le punk rock mélodique façon années 90.
NDA, pour Non-Disclosure Agreement, n’est pourtant pas exactement un groupe de débutants. Formé à Nantes en 2022, le quatuor réunit Thomas Durey au chant et à la guitare, Hervé Chevallereau à la guitare et aux chœurs, Julien Monthioux à la basse et Claude Fady à la batterie. Des musiciens passés notamment par Angry Days, Toxxic TV, The Jacks Sonnent 4 ou Clayton et qui ont donc déjà quelques kilomètres au compteur. Après un premier EP six titres, ''…I Believe I Can’t Fly'', paru en 2024, ''Low Ton'' constitue leur premier véritable long format. Long étant d’ailleurs une notion toute relative : treize plages, introduction comprise, pour à peine plus de vingt-neuf minutes. Il faut dire que NDA n’est pas venu faire du prog.
Le terrain de jeu est parfaitement balisé. NOFX, Lagwagon, Millencolin, Satanic Surfers, Bad Religion ou encore Burning Heads : inutile de chercher longtemps la généalogie musicale du groupe, NDA la revendique lui-même. On retrouve cette manière très nineties de faire débouler les guitares sur une rythmique lancée à pleine vitesse, d’accrocher immédiatement une mélodie au morceau et de faire en sorte que le refrain survive longtemps après les deux minutes nécessaires pour expédier l’affaire.
« Stoicism » donne immédiatement le ton. Batterie pied au plancher, basse qui ne se contente pas de suivre gentiment les guitares, accélérations et ralentissements parfaitement placés : NDA possède les codes du skate punk et ne cherche absolument pas à les dissimuler. Mais la vraie force du groupe apparaît ailleurs. Derrière l’efficacité immédiate des morceaux, il y a un vrai travail sur les mélodies et surtout une volonté permanente de ne pas laisser la vitesse écraser les chansons.
C’est particulièrement évident avec 'Naïve Music', l’un des morceaux qui résume le mieux l’esprit de NDA. Le titre existait déjà sur ''…I Believe I Can’t Fly'' et constitue presque une profession de foi. Le groupe y raconte vingt années passées dans les caves, les clubs et les squats, devant parfois quinze personnes, avec cette lucidité amusée de ceux qui savent parfaitement qu’ils n’entreront probablement jamais dans les livres d’histoire du rock. Tout l’esprit de NDA est là : beaucoup d’autodérision, aucune posture héroïque et, derrière la plaisanterie, un attachement viscéral à cette scène DIY dans laquelle on continue à monter des groupes simplement parce qu’on ne sait visiblement pas faire autrement.
''Low Ton'' prolonge cette écriture à deux niveaux. D’un côté, les morceaux les plus directs retrouvent l’urgence du punk mélodique californien. ''Alien'' ou ''Wrong Way'', respectivement 1'38 et 1'41, ne s’embarrassent pas du superflu. Ça part, ça accélère, le refrain arrive et tout est déjà terminé avant que l’on ait eu le temps de réfléchir. Le très speed 'Not Fifty' fait encore mieux avec ses 1'27 et pousse l’autodérision jusqu’à transformer un simple nom de travail utilisé pendant les répétitions en chanson. C’est idiot, totalement assumé et précisément pour cette raison assez réjouissant.
NDA ne cherche jamais à démontrer sa légitimité punk. Le groupe ne joue pas plus vite que tout le monde pour prouver quoi que ce soit, ne surcharge pas ses morceaux et ne tente surtout pas de moderniser artificiellement une musique dont il aime manifestement les codes. Il assume au contraire le plaisir presque régressif d’un riff efficace, d’une batterie qui accélère soudainement et d’un refrain que l’on peut reprendre après une seule écoute.
Derrière cette apparente décontraction, ''Low Ton'' reste surtout un disque remarquablement compact. Pas de morceau inutilement étiré, quasiment aucun temps mort et suffisamment de variations pour éviter l’effet photocopieuse que peut rapidement provoquer le punk mélodique lorsqu’il enchaîne douze fois la même formule. La production conserve également ce qu’il faut de rugosité. Les guitares restent épaisses sans devenir massives, la basse demeure audible et la batterie possède cette sécheresse nécessaire à une musique dont toute l’efficacité repose sur l’impact.
Et voici ce qui fait l'originalité du groupe À l'heure du streaming, NDA a eu l'idée assez improbable de réécrire ses douze chansons en 8-bit, de les enfermer dans un vrai jeu Game Boy, édité sur cartouche et de développer un véritable jeu vidéo pour l’accompagner. Gadget ? Évidemment. Indispensable ? For sure. Difficile d’imaginer meilleure illustration de leur philosophie : fabriquer soi-même, s’amuser et pousser une idée jusqu’au bout simplement parce qu’elle les fait marrer.
Trente ans après l'âge d'or du skate punk, la planche roule encore.Elle est simplement passée par Nantes.