Un unique personnage pour ce projet, avouons le, hors norme ! Mais face à qui sommes nous réellement ? Est-ce Krys, l'humain de la rue ? Où Bargnatt XIX, l'un des deux créateurs de génie d'Omrade ? Si il est intéressant de savoir lequel de ces deux êtres rassemblés dans un corps unique est l'essence première de ce projet, c'est que nous allons pénétrer son âme, sa psyché, sa maladie procréatrice de l' artistiquement vôtre ! Pour arriver à porter OPHE à son terme, Bargnatt XIX a fait appel au Lower Tones Place Studio déjà connu pour son travail sur le dernier OMRADE avec l'aide d'Edgard Chevalier à la console qui a réussi l'exploit de digérer le tout. La pochette également revient à une personne déjà connue puisque créatrice aussi du dernier OMRADE. Jeff Grimal nous offre encore une fois un très beau tableau. Rajoutons à cette joyeuse troupe un invité venu d'AEVANGELIST avec Val Dorr en charge des parties de saxophone.
Il va de soi qu'une vingtaine d'écoute est loin d'être suffisant pour connaître l'édifice, mais déjà, je ne me perds plus dans les différents couloirs passant entre les divers services de cet ensemble de pathologies psychiatriques. Il faut bien ce départ rythmique qui martèle à tout va pour oser pénétrer dans le « Somnum Sempiternum ». Nous y croisons la mort au delà des troubles paniques que procure la musique pourtant encore assez structurée dans sa déstructure. Les nappes vst apportent une douceur dans cet ensemble brute de chant agonisant dans la souffrance. Le flou répercuté par la vision dans la réalité du trouble se trouve ici exprimé par le son et la folie du titre ne tarde pas à poser la question fatidique. Est ce la musique où notre perception qui rend cette folie si palpable ?
Passons par le très latin « Decem Vicibus » qui rapporte des chiffres en nombre, en plusieurs fois, où la foi ? La loi du nombre est en tout les cas bien présente. Nous sommes certainement dans l'aile des troubles compulsifs où tout n'est qu'ambiance. comme un mantra répété sans fin, le titre pourrait tourner en boucle que l'on ne s'en rendrait pas compte. Il m'a fallu une bonne dose de courage pour oser en sortir, mais il suffit toujours de suivre le son des cloches. Mais déjà nous arrivons vers les troubles affectifs.
Si « XVIIII » débute en suite logique du titre précédent, nous allons remarquer que le trouble affectif peut commencer sans faire de mal mais se muer dans une nocivité nauséabonde au gré de son avancement. 19 chênes 19 haches 19 cendres éructe Bargnatt, et je dois dire qu'il vous manque quelque chose de grand avec les textes fourni par OPHE. Le délire est total, la musique totalement en roue libre possède cette qualité de ne pas faire du bruit pour du bruit mais de placer chaque élément pour une efficacité redoutable.
« Missive amphibologique d'une adynamie a la solitude » reste l'étage le plus intéressant de l'oeuvre. La schizophrénie attire toujours plus notre curiosité, c'est humain après tout. L'avant garde du black est ici à son paroxysme. Entre violence musicale, chaos et mélodie. Entre bruitage et rythmique travaillée. Entre confusion et déstructure, rapidité et lenteur, break semblant malvenu mais très bien placé. Oui, on sait, il est difficile de comprendre. Je suis pourtant persuadé d'être assez clair par rapport au propos mis en boite. Encore un petit coup de blast et quelques notes de saxo et vous commencerez à comprendre.
La démence reste la dernière aile à explorer. Généralement, cette atteinte supprime de nombreuses choses en vous, la perte de votre réalité est enfin là. La guitare clean répétitive vous en fera prendre conscience, comme le poisson rouge, vous tournez en rond dans votre bocal. L'ambiance est parfaite, à la fois apaisante et malsaine. C'est toujours beau et efficace quand l'on peut rassembler les deux impressions comme il est en est question ici. « Cadent » permet donc de quitter l'asile autrement que par la grande porte. La morgue aussi possède sa sortie. Bienvenue en enfer pour un prochain épisode nous l'espérons grandement.
Clairement, il vous faudra plusieurs écoutes pour apprécier à sa pleine valeur cet album atypique. Certains sont plus habitués que d'autres à ce genre d'exploration mais nous conseillons à toute personne à l'ouverture musicale assez large de se laisser prendre au jeu. Ne vous fiez pas à un unique morceau car la visite est variée sur son ensemble et chaque étage vaut son pesant d'or. Alors est ce un délire de n'importe quoi, où un lâcher prise ? Nous optons pour la seconde option sans hésiter. L'humain n'a peut être rien décidé mais l'artiste a accompli son oeuvre. Et quand le résultat est percutant comme c'est le cas ici, nous pouvons parler de réussite. En espérant que cette aventure ne s'arrête pas sur un coup unique.