‘’Leap of Faith’’ est un album honnête. C'est un disque de vie. Dans un paysage où beaucoup d'albums autoproduits se perdent dans les détails de production, celui-ci a le mérite rare de sembler totalement nécessaire
Il y a des disques qui naissent du silence, de la douleur ou du besoin urgent de dire quelque chose. ‘’Leap of Faith’’ est tout cela à la fois. Trint Eastwood, de son vrai nom, guitariste et chanteur des Uncommon Men From Mars, groupe phare de la scène punk rock française des années 2000, sort ici son premier album solo après une longue parenthèse. Une parenthèse acoustique d'abord, sous le nom de X-TV (trois albums), puis le silence. Ce silence, c'est la mort de son frère jumeau Daff à l'été 2021 qui l'a provoqué et qui, paradoxalement, a aussi forcé le retour. "Le décès de Daff a provoqué chez moi un vide de fou et j'ai ressenti le besoin de refaire de la musique", confie-t-il. La rencontre avec le musicien Mike Noegraf a été déterminante pour relancer la machine. Et cette fois, Trint voulait du son, des amplis, une section rythmique — pas juste une guitare acoustique dans un salon.
Huit chansons autoproduit, avec Benjamin à la batterie et Sofiene à la basse sur la plupart des titres. Trint y assume un univers résolument ancré dans le rock des années 90, Pearl Jam, les Beatles, Elliott Smith, sans jamais tomber dans l'imitation.
‘Little Idea’ ouvre avec une influence Pearl Jam revendiquée et assumée : guitare électrique sous tension, voix qui cherche quelque chose entre la douceur et la rage, une façon de s'installer qui dit ‘’je suis là’’. Le titre ‘Leap Of Faith’ et ‘Don’t Tell Me’ lorgnent du côté des Foo Fighters tandis que ‘Where’ pousse dans le registre punk plus direct. ‘Trust Me Now’ est l'exact opposé : voix, harmonica, ukulélé, et rien d'autre — un folk nu qui aurait pu être signé John Martyn ou Elliott Smith dans ses moments les plus intimes.
‘Hell Yeah’, premier single sorti en juin, est né d'une session de jam dans la cuisine avec ses filles Maïwen et Mélodie — cette spontanéité s'entend dans chaque mesure, c'est le morceau le plus immédiat du disque, le plus libre, toujours avec cet esprit pop-punk californien. ‘Never Too Late To Love’, second single, évoque l'isolement des adolescents pendant le confinement de 2020 avec une mélodie qui rappelle les meilleurs refrains des Uncommonmenfrommars. ‘That Really Happened’ ferme l'album dans le même esprit folk acoustique à la Neil Young, intime, direct, sans fioritures.
‘’Leap of Faith’’ est un album honnête. Pas le disque du come-back spectaculaire ni la démonstration technique d'un musicien qui veut impressionner. C'est un disque de vie — celui d'un homme qui a traversé le deuil, qui a eu besoin de faire de la musique pour y survivre, et qui livre ça sans artifice. Dans un paysage où beaucoup d'albums autoproduits se perdent dans les détails de production, celui-ci a le mérite rare de sembler totalement nécessaire.