Les groupes de rock, c’est souvent une histoire de blaze…à coucher dehors, plat et gris comme le pays du grand Brel (nous y reviendrons…), ou teasant une thématique récurrente des chansons, il sert d’étendard et finit par s’imprimer dans l’imaginaire collectif, quand bien même on n’a pas écouté une seule note de la formation. Ca peut aussi tout simplement cacher un énorme pastiche.
Et c’est clairement le cas avec COBRA THE IMPALER. Originaire de…Belgique (remonte quelques lignes en arrière…le plat pays, toussa), et plus exactement du côté flamand (Gand), le quintette a vu se pencher sur son berceau les bonnes fées du metal, puisque l’ami Dirk Verbeuren fît partie de la formation en phase de lancement, en pleine pandémie (millésime 2020, toutafé !). De fait, le patronyme qu’ils adoptèrent circula rapidement dans le landerneau.
Pour ce qui concerne la musique, en revanche, il fallut attendre la sortie du premier album « Colossal Gods » en 2022, pour se faire une idée du style. Et le fait est que déjà, nos amis d’Outre-Quiévrain distillèrent des indices quant à leur orientation, bien ancrée dans cette nouvelle livraison.
Car – ne faisons pas trépigner la ménagère de moins de cinquante ans plus longtemps – le second opus « Karma Collision » vient confirmer que :
- Il existe au moins un clône de Mastodon
- Ce clône a été élevé à la bière triplement fermentée et à la frite au gras de bœuf (double cuisson, Madame…si,si !)
En effet, passé l’entame « Magnetic Hex », au ton alternativement thrash et doom façon vieux style, on tombe sur des compositions reprenant les structures marmoréennes et la pompe du quartet d’Atlanta. Les structures progressives, le son des guitares, la voix même du chanteur Michélé de Feudis (mixant les organes rugueux de Troy Sanders et Brent Hinds): tout ramène aux géorgiens.
Et le pire, c’est que dans le genre, c’est vraiment bien foutu : on se laisse happer par ces pièces épiques, au son ample, qui ont suffisamment de puissance pour combler les fans de la formation originale, et à la limite convertir les aliens qui jusqu’à présent étaient passé à côté de du mastodonte US. Le morceau qui donne son nom à l’album est à ce titre un cas d’école.
Alors, histoire de varier le propos, nos amis flamands épicent un tantinet leur sauce avec un chouia de Gojira, certains passages évoquant de façon troublante le death tribal des landais (Godless Beyond). Par ailleurs, un interlude plus acoustique et hispanisant (Eye of the Storm) vient ménager une pause salvatrice dans ce maelström de fuzz progressive.
Loin d’être honteux sur le plan de l’écriture ou au niveau de la production, « Karma Collision » est tellement du niveau de leur modèle qu’il en vient à effacer Cobra the Impaler au profit de ces derniers. Pour un peu, on pourrait bluffer un néophyte en lui faisant passer l’album pour la nouvelle livraison des originaux. C’est à la fois admirable qualitativement…et dommage en terme de démarche, si tant est qu’elle soit volontaire. Il faut espérer pour le quintette, s’ils souhaitent imprimer leur trace de façon plus personnelle, qu’ils s’affranchissent à terme de leur influence principale, afin de définitivement s’inscrire dans le paysage musical. A moins que, tel Airbourne vis-à-vis d’AC/DC, la volonté ne soit de reprendre un flambeau vacillant pour lui redonner un peu de pep’s. Hypothèse discutable s’il en est, Mastodon étant loin d’avoir attaqué sa réserve…bref, à surveiller…