Formé à Lille en 2019, Exil est le plus slave des groupes français, emmené qu’il est par un guitariste/chanteur d’origine Kazakh. Mêlant black metal, post-punk et shoegaze, la musique du combo est aussi insaisissable qu’immersive, en témoigne un premier EP sorti en 2020.
Fort de nouvelles compositions, le quatuor nous revient avec son premier long, un ''Karga'' aux vertus rafraichissantes.
'Abîme', dénué de chant, prend le temps de nous immerger dans l’univers du combo via une approche délicate avant une montée en puissance qui n’est pas sans rappeler un certain Alcest.
'Karga', mid-tempo accrocheur, nous emmène au fin fond des steppes russes. Les riffs ont la puissance du vent, la basse gronde comme le tonnerre au-dessus des montagnes et la batterie galope tel un étalon sauvage. C’est beau, puissant et immersif comme du Drudkh.
La suite est bien évidemment à l’avenant, les Lillois impressionnant par la qualité de leur compositions. Complexes mais toujours lisibles, les morceaux soufflent le chaud et le froid, à l’instar de 'Poussière' qui calme le jeu à mi-titre via un break au solo aérien avant le déluge de trémolos blastés propres au métal noir.
Que dire de 'Rodina', qui chasse sur les terres de Black Sabbath et d’'Avec ou sans vous' et ses effluves de Novembre ? Que les montées en puissance de ces pistes prennent aux tripes jusqu’à l’apothéose, orgasme métallique qui laisse l’auditeur exsangue.
Heureusement, le combo a la présence d’esprit de ménager quelque répit dans ce maelstrom sensoriel. Le court instrumental 'Délivrance' permet ainsi à l’auditeur de récupérer quelques instants après le monstrueux 'Tchoujoï', pièce d’orfèvre qui se dévoilera au fil des écoutes.
La palette vocale d’Arsen Raziyev contribue fortement à la réussite de ce premier opus. S’illustrant alternativement en français, en kazakh ou en dialecte slave, ce dernier apporte une dimension organique supplémentaire à une œuvre des plus viscérales.
Seule invité de l’album, la vocaliste Amy Tung Barrysmith vient poser sa voix enchanteresse sur le final 'L’Exil', pour une invitation au voyage dont il sera difficile de revenir. Son timbre apaisant posé sur les délicats arpèges en son clair concluent de manière parfaite un premier long qui met la barre très haut et suscite de sérieux espoirs pour la suite.