Et paf ! Sitôt digéré le déjeuner, les teutons de KADAVAR dégainent aussi sec le dîner. En effet, même pas six mois après nous avoir gratifiés de l’excellent « I Just Want To Be a Sound », le trio devenu quartet sort du four la galette suivante. De quoi susciter les questions des fans comme des nouveaux acquis à la cause. Si proche ? C’est louche…Sont-ils allés trop loin dans l’expérimentation avec le précédent, et voudraient-ils ainsi revenir aux racines ? Ou bien alors est-ce l’occasion de marquer le coup plus franchement, en persévérant dans la direction dernièrement tracée ?
Et bien comme pour tout en ce bas monde, il y a un peu de tout ça dans « K.A.D.A.V.A.R. »
L’on retrouve une patte plus franchement début 70’s dans cette galette. Là où les compères avaient tapé haut dans le ciselé, le recherché, on revient parfois à du plus brut façon pattes d’ef. Que ce soit avec le tellement krautrock du début de la décennie « Lies », ou le plus glam britannique « Heartache », enfin avec le très easy-rider « You Me Apocalypse » qui évoque le « Born to Be Wild » de STEPPENWOLF, l’on revient à une certaine rudesse académique des œuvres précédentes.
Cependant, l’on n’oublie pas le chemin parcouru à l’étape précédente, et d’autres plages sont baignées des expérimentations effectuées. Ainsi, « Explosions in The Sky » baigne dans une certaine ampleur faite d’orchestrations chatoyantes et de constructions sonores élaborées.
Il y a un tantinet plus de hargne aussi : le riffesque – et toutefois psychédélique –« The Children », mais surtout le curieusement très thrash « Total Annihilation » qui ramène limite au bon vieux temps du « Kill’em All » de qui vous savez, production datée incluse, et qui clôture brillamment l’album en télescopant l’idiome métallique avec les envolées orchestrales du précédent opus (ce pont, mazette!).
Côté production justement, on est ici clairement ancré dans l’époque du marchand de fringues des franco-teutons : effets de réverbération, de délay et d’écho vintages dans tous les recoins, fuzz proche du grésillement d’un poste radio au bout de sa vie, contrastant avec le boisé brut de la batterie.
En poussant les curseurs créatifs avec « I Just Want to Be a Sound », KADAVAR semble avoir repoussé les murs de sa zone de confort, pour faire progresser avec « K.A.D.A.V.A.R. » un discours musical qui aurait sans doute fini par s’étioler avec le temps. « Le meilleur moyen de savoir où se trouve la limite, c’est de la dépasser », disait le philosophe (lequel, on s’en fout, c’est pas la question…). KADAVAR a ici brillamment appliqué le précepte.