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Inverted Grasp of Balance

Morbid Domi
Journaliste (Belgique)

Monte Pittman

"Monte Pittman nous délivre un véritable patchwork musical de grande richesse qui vous captivera de bout en bout."
12 titres
Rock
Durée : 49
Sorti le 23/09/2016
5298 vues
Dans la famille Morbid Domi, à chaque fois que le Boss m’envoie ma liste mensuelle de devoirs, j’interpelle ma femme chérie pour partager avec elle l’enthousiasme de découvrir de bons challenges en fonction de mes goûts, ou mes craintes (Hou là !!! C’est un groupe d’un sous-genre qui est nettement moins de mon registre)…
Pour l’artiste qui nous occupe… cela a donné ceci :
- Morbid sis en pièce du bas, lisant le listing de septembre criant après ma moitié : « Chérie, t’as vu : « Monte Pittman » ?
- Madame Morbid, prête à descendre de l’étage, tenant une manne de linge dans les mains : « Non je n’ai vu monter personne ».

J’avais beau réfléchir…mais diable, c’est qui ça ce Pittman ?

Les lecteurs assidus pensent parfois que les chroniqueurs connaissent pas mal de groupes, ou qu’ils ont un savoir encyclopédique. Je pense que c’est un mythe. J’avoue ne pas du tout connaître cet artiste. Des recherches allaient s’imposer.

Si vous savez déjà tout de cet homme, gagnez un précieux temps, allez directement à la conclusion.

Pour les autres, restez un moment à mes côtés pour le découvrir, vu que nous ne connaissons pas. Monte Pittman, est un guitariste, chanteur et compositeur Texan, âgé de 41 ans. Nous avons donc affaire à un artiste complet. Continuant les investigations, je découvre qu’il a travaillé 15 ans, en tant que guitariste de Madonna mais a aussi été son professeur de guitare. Certains me diront, mouais, pas très métal tout ça !!!
Je vous donne raison, le Sire Pittman possède cependant une solide base Pop Rock.
Pour preuve, le sieur Pittman a aussi joué avec Adam Lambert, star pop d’Indianapolis, lauréat d’un concours télévisé bien pompant. Nous rions nettement moins lorsque nous apprenons que ledit Adam a chanté pour le groupe Queen.
Pour en revenir à Monte Pittman, nous découvrons aussi une expérience au sein des Groovy Thrasheux de Prong depuis 2002, tantôt tenant la basse, tantôt en lead guitar et encore, en soutien du chant. Il a donc accompagné Tommy Victor et participé à la conception de 3 albums "100% Live" (2002), "Scorpio Rising" (2003) & "Power Of The Damager" (2007). Entre 2014 et 2015, notre Monte est allé jouer de la guitare au sein des Rockeux industriels de Ministry.
Voilà qui nous amène à mieux comprendre à qui nous avons affaire.

Au niveau discographique, nous recensons 3 albums à l’actif du projet de Monte: « The Deepest Dark » (2009), « Pain, Love, & Destiny » (2011) et « The Power of Three » (2014).
A l’écoute de ce dernier album, on assiste à une sorte de groove rock Thrashy. Nous percevons des influences multiples d’Alice in Chains à Metallica en passant par Black Sabbath. Le chant par contre, semble manquer de relief et de puissance mais je pense que c’est un choix délibéré de l’artiste.

Fonçons sur ce nouvel album "Inverted Grasp Of Balance". Pittman fait équipe avec le batteur Richard Christy (Charred Walls Of The Damned/Iced Earth/Death), le bassiste Billy Sheehan (Steve Vai, David Lee Roth, Mr. Big et The Winery Dogs). La production est laissée aux soins de Jay Ruston (Anthrax, Steel Panther) pour la production.
Monte nous annonçait la couleur de cette galette : «Je savais exactement l'album que je voulais faire», disait-il. «Je voulais faire de la musique la plus lourde et la plus folle que j'ai jamais faite. Je sens vraiment que c’est un album qui va vous saisir et exiger toute votre attention."
Clairement, Monte souhaitait monter d’un cran, produire du plus lourd, du plus vivace et le tout sous de grands gages de qualités.

Quelques écoutes plus tard, se dessinaient de manière plus précise les premières impressions dont un unanime constat d'être face à un univers musical de grande envergure flanquée d’une excellente technicité.

Commençons par les 4 valeurs fortes de l’opus :
La première : « Guilty Pleasure » est un morceau énorme qui démarre sur des riffs bien Death. Prenez du blast puissant dans les dents, c’est énorme. Le chant de Monte est un peu plus agressif et c’est dans ce registre là que je le préfère. Retenez ce titre, qui s’impose déjà comme une véritable perle au panthéon du Thrash Death pour ensuite se glisser subrepticement dans un espace très Sabbathien, ralentissant le tempo pour nous plonger dans un superbe Doom avec, en toile de fond, un solo de guitare assez frénétique mais géant.

La seconde : « Arisen in Broad Daylight » qui vous balance un thrash grandiose, puissant, des riffs de guitare géniaux et entraînants. Oui, les musiciens envoient du bien lourd.

La troisième : « Be Very Afraid », autre monstruosité hybride, vous immerge quant à lui dans un univers plus Pantera tout en gardant les bases groovées. Ça sonne très « Cemetery Gates ».

La quatrième : La surprenante ballade de clôture « New Blood Keeps Us Alive » qui sous ses racines power, vous amène aussi des images de Robert Plant entremêlées de l’époque d’or du Grunge. Ce morceau est immense de tendresse tout en gardant des riffs agressifs qui tentent d’apporter de l’attitude lorsqu’à l’approche de la 5ème minute, nous grimpons dans un moment épique grandiose. L’architecture du morceau est excellente, tant de richesses en explosion dans les enceintes.

D’autres merveilles vous apparaîtront après quelques écoutes :
C’est le cas pour « Obliterated », instrumental énorme qui vous plonge entre doom sludge et Heavy Speed. Une très belle démonstration de technicité !!!

Les subtilités de « Panic Attack » sont énormes sur les aspects rock épico-speed. Le morceau gagne en puissance sur tout au long de son évolution. Megadeth eut pu l’intégrer dans son répertoire que ça ne choquerait personne.

D’autres morceaux comme « Pride Comes Before the Fall » et « The Times Are Changing » vous séduiront sur le refrain soutenu par des riffs bien heavy inscrits dans une atmosphère très mi-Alice in Chains aux relents de Foo Fighters.

Vous l’aurez compris, l’aspect musical est irréprochable, c’est titanesque et le line-up y est pour quelque chose.
Le problème pour moi, se pose dans le chant. Il m’apparaît plat, généralement dans le même registre.
Certes, il va plaire aux passionnés de Rock, rock alternatif, métal hybride ou de crossover-fusion.
Seulement, pour toucher aussi les Thrasheux, les passionnés de Death mélodique, il serait agréable d’harmoniser les lignes de chant par des variations, des expérimentations plus Speed Heavy qui se détacheraient de cette racine plus rock. Il y a une sorte de petit décalage (manque de congruence avec la musique).

Cela dit, c’est certainement la volonté de l’artiste que d’emprunter cette voie. Et là, j’ai convoqué les membres de ma petite famille (plus spécialisés dans les sous-genres du rock) pour solliciter leur avis sur ce timbre particulier (24/30) ce qui je pense peut rassurer le lecteur plus prudent.

En conclusion, avec ce «Inverted Grasp of Balance », Monte Pittman atteint largement des objectifs de puissance, de création mordante d’un véritable patchwork en sous-genres construit sur une très belle trame Rock ». Certainement son meilleur album tant il est prenant et riche en découvertes.

Morbid Domi (septembre 2016)