Moqué par les uns, révéré par les autres, une chose est sûre, Venom ne laisse pas indifférent. Et ce, depuis ses débuts fracassants en 1981 avec le fondateur ''Welcome To Hell'' puis le référentiel ''Black Metal'', à l’origine du mouvement éponyme. Quarante-cinq après ses débuts discographiques et un parcours des plus chaotiques, le taulier Cronos a réussi à stabiliser un line-up (depuis 2009), donnant ainsi aux dernières réalisations une certaine cohésion, qui faisait invariablement défaut jusque-là. La dernière en date, un ''Storm The Gates'' publié en 2018, s’était avérée sympathique mais pas transcendante.
Il aura dons fallu attendre huit ans avant de jeter une oreille sur ce ''Into Oblivion'', qui a la bonne idée de sortir un premier mai, de quoi accompagner en musique festive les défilés du jour. L’attente en valait-elle la peine ?
Le morceau-titre, qui ouvre l’album, nous donne un premier élément de réponse…positive. Up-tempo puissant mené tambour battant par une grosse caisse sonnante mais jamais trébuchante, doté d’un pont pachydermique rappelant le Tony Iommi des grands jours, ce premier missile s’avère un excellent opener.
'Lay Down Your Soul' fait monter le cardio d’un cran avec son metal punkoïde ultra entrainant. Véritable hommage au classique 'Black Metal', dont il reprend le refrain, ce glaviot éructé par un Cronos au top ravivera chez les plus anciens des souvenirs de jeunesse impérissables.
La grande force de cette cuvée 2026 est de proposer des pistes aux influences variées allant du thrash au heavy traditionnel en passant par le punk rock ('Death The Leveller').
'Man & Beast', aux relents de Leper Messiah, est une invitation au headbanging alors que l’ombre de Slayer plane sur les malsains 'As Above So Below' et 'Live Loud'.
'Nevermore' s’en va puiser dans la NWOBHM avec son solo ‘’so eighties’’. Le court 'Dogs Of War' s’en vient quant à lui chasser sur les terres de Down et Crowbar, mêlant lourdeur et groove poisseux pour un résultat convaincant.
Les compos, solides, mettent en avant les qualités dont font preuve les musiciens. Rage se fend de nombreux soli débridés voire harmonisés ('Kicked Outta Hell', 'Deathwitch'). Danté s’éclate sur son kit, entre roulements de toms et double grosse caisse, sa puissance de frappe donnant un peps supplémentaire aux morceaux. Cronos, dont la basse ronronne comme un matou sur les genoux de mamie, se fend d’un chant toujours aussi reconnaissable, qui sait moduler à l’occasion ('Dogs Of War').
L’inquiétant 'Unholy Mother', avec ses claviers gothiques, ses arpèges en son clair, et ses bruits d’orage, vient clôturer ce ''Into Oblivion'' sur une note épique d’excellente facture.
Saluons également la production, assez crue, qui donne un côté très organique à l’ensemble dans un souci d’authenticité fort bienvenu.
En 2026, Venom a encore des choses à dire et le démontre avec cette quinzième offrande, qui ne devrait à fortiori pas tomber dans l’oubli.