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Incendiary

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Code Red

''Incendiary'', un AOR scandinave de haute volée, dans la lignée d'un Alien ou d'un Bad Habit !
13 titres
AOR/Rock
Durée : 60
Sorti le 17/07/2026
28 vues
PRIDE & JOY MUSIC
Il y a des disques qui sortent au mauvais moment, sur le mauvais label, devant le mauvais public, et qui finissent par devenir des objets de désir précisément parce qu'on est passé à côté la première fois. ''Incendiary'' appartient clairement à cette catégorie. Sorti en 2017 sur AOR Heaven, l'unique album de Code Red n'avait, à l'époque, pas bénéficié de l'exposition d'un Frontiers ou d'un autre poids lourd du genre, et s'était discrètement glissé entre les mailles du filet d'une scène mélodique pourtant aux aguets. Près d'une décennie plus tard, le disque a eu le temps de se forger une réputation de petite pépite scandinave, devenant un classique de niche des années 2010 et une rareté que les collectionneurs s'arrachaient. Pride & Joy Music corrige aujourd'hui cette injustice avec une réédition qui vient lui redonner toute sa place.

Code Red, c'est avant tout l'histoire d'un homme de l'ombre qui décide, après des années passées à écrire pour les autres, de se mettre enfin en lumière. Ulrick Lonnqvist avait fait ses débuts avec Sahara au tout début des années 2000, avant de devenir l'un des compositeurs et co-auteurs les plus sollicités de la scène suédoise, prêtant sa plume à des artistes aussi divers que Hal Marabel (Bad Habit), Jake E (Amaranthe) ou Andreas Gullstrand (Creye). C'est en s'associant au guitariste Morgan Jensen (Swedish Erotica) que le projet a pris forme, complété par Oscar Bromvall à la guitare lead, Michael Palace à la basse et Kaspar Dahlqvist aux claviers. Reste la pièce maîtresse de l'édifice : Daniel Flores, homme à tout faire de la scène AOR scandinave via ses différents projets, qui a non seulement produit l'album mais également tenu la batterie sur l'ensemble des dix titres originaux.

Cette réédition ne se contente pas de redonner vie à l'objet : elle l'enrichit de trois bonus qui apportent un éclairage différent sur la genèse du projet. 'Into The Fire', chanté ici par Lonnqvist et produit à l'origine par Hal Marabel, a connu une seconde vie quelques années plus tard entre les mains de Rick Altzi (Masterplan), qui en a livré sa propre version sur son album solo ''All Eyes On Me'' — une manière de mesurer, par comparaison, la qualité d'écriture qui se cachait déjà dans ce morceau. On trouve également 'Some Of Us', supervisé par Michael Palace, ainsi qu'une version démo de 'Saving Grace', clin d'œil précieux pour quiconque s'intéresse à la genèse du processus créatif du groupe.

Sur le plan musical, ''Incendiary'' ne cherche jamais à réinventer la formule de l'AOR scandinave : il la sert avec une telle maîtrise qu'on en oublie vite d'aller chercher l'originalité ailleurs. L'ouverture, 'I Won't Be Your Hero', surprend d'abord par une intro de claviers presque électronique avant de laisser place à la voix de Lonnqvist et à des guitares particulièrement inspirées — un choix d'ouverture qui a marqué plusieurs observateurs au moment de la sortie originale. 'Heat Of The Night' prend ensuite le relais avec un riff entêtant et un refrain taillé pour le chant en chœur, dans cette veine Foreigner/Journey qui irrigue tout le disque et que la production léchée de Daniel Flores met magnifiquement en valeur, chaque instrument trouvant sa place exacte dans le mix sans jamais écraser la voix.

Le cœur de l'album déploie ensuite ce supplément d'âme qui distingue les bons disques d'AOR des grands. 'Lift Me Up' et 'Returning The Flame' comptent parmi les morceaux les plus souvent cités pour résumer la réussite de cet ''Incendiary'', portés par ce velours mélodique caractéristique du genre, sans jamais sombrer dans la grandiloquence facile. 'My Hollywood Ending' et 'Eternal Pretender' penchent un peu plus du côté AOR pur que hard rock, mais n'en demeurent pas moins deux compositions d'une redoutable efficacité.

Quant à la partie plus posée du disque, c'est 'Like I Remember You' qui s'impose comme la ballade de référence, celle qui retient véritablement l'attention dans un format où les titres plus calmes ont souvent tendance à se fondre les uns dans les autres. 'Saving Grace', justement, profite ici d'un double éclairage entre sa version album et sa version démo bonus, qui permet de suivre l'évolution du titre depuis son état brut jusqu'à sa forme finale.

Voilà donc un disque qui n'a pas pris une ride : ''Incendiary'' se réécoute aujourd'hui avec la même fraîcheur qu'au premier jour, porté par une bande de musiciens chevronnés qui connaissaient leur sujet sur le bout des doigts et qui n'avaient besoin d'aucun artifice pour livrer un AOR scandinave de haute volée, dans la lignée d'un Alien ou d'un Bad Habit. Cette réédition signée Pride & Joy Music n'est donc pas un simple geste de archiviste nostalgique : c'est une réparation méritée pour un album qui aurait dû, dès 2017, trouver l'écho qu'il mérite. Les nouveaux venus auront enfin l'occasion de découvrir ce qu'une poignée d'initiés savait déjà depuis longtemps, pendant que les fidèles de la première heure pourront, eux, redécouvrir ''Incendiary'' sous un jour neuf grâce aux trois bonus qui viennent enrichir le voyage.