L’alsace, on la connait pour tous les clichés qui tournent autour : les cigognes, la choucroute, les marchés de Noël et le pinard. On la connait beaucoup moins pour sa scène musicale – si l’on excepte Rémy Bricka l’homme-orchestre-, et plus particulièrement pour les formations rock/hard/metal qui en sont originaires. La région compte toutefois quelques groupes qui marquent : Mercyless (Death metal), Smash Hit Combo (rap metal), ou encore KnuckleHead (entre dark country, stoner et blues rock)
Depuis le début des années 2020, il faut également compter sur MADABAT, qui trace son sillon en écumant les scènes du Grand Est. Ils nous proposent enfin un premier LP qui permet de se faire une idée du potentiel de la Bête. Car de bête, il s’agit bien : le trio évolue dans un style brut de décoffrage, biberonné au rock psychédélique du tout début des années 70. La matière est sans fioriture aucune : une guitare sur un ampli chauffé à blanc (parfois enjolivée selon les morceaux, d’effets vintage), une basse ronde et sèche – parfois gonflée d’une fuzz énorme- , une batterie enveloppée de la réverbération naturelle de la salle d’enregistrement. Tout au plus des synthés primitifs interviennent ponctuellement dans le cadre de petits intermèdes space rock (« Meganeura », « Supernova »)
Pour le reste, les fans de The Vintage Caravan et Kadavar (dans sa version la plus rock) seront clairement enthousiasmés par la proposition des alsaciens. Lesquels se démarquent avec une pointe de hargne supplémentaire par rapport à leurs confrères.
Car il y a un peu de l’urgence et de la rage d’un Motörhead dans la tambouille du trio (« Reality Distortion Fields », « Tapis persan » aux paroles en français), qui n’hésite pas à régulièrement lâcher les chiens.
Il y a aussi une belle capacité à produire des hits péchus et dansants (« Faster than the Past », « Drive my Cadillac », ou encore l'instrumental funky "Castle Bravo") exécutés à fond de balle avec un sens magistral du groove apte à faire chavirer de bonheur un paquet de pois sauteurs.
MADABAT sait toutefois ralentir la cadence quand il le faut -notamment sur la conclusion de l’album- avec des passages plus contemplatifs et psychédéliques (« Tapis persan », encore). Voire, de rendre hommage à certains morceaux cultes ayant marqués la période musicale de prédilection du combo. Ainsi, « Raw Diamonds » cite avec élégance le « Bridges of Sighs » de Robin Trower, avec ses volutes de guitare nimbée d’Uni-vibe.
Après un premier contact brut de décoffrage qui peut surprendre, MADABAT convainc rapidement avec cette collection de dix brûlots gâvés d’énergie, aptes à faire transpirer les audiences des salles de concerts. C’est direct, efficace…bref, c’est du tout bon !