Avec « In Tenebris », Evenline nous montre qu'il n'a plus besoin de citer ses références car il s'est forgé sa propre identité dans le monde de l'alternatif de classe.
Il me revient de poser les oreilles sur Evenline, groupe de la Région Parisienne, officiant dans un registre Rock alternatif.
En toute franchise, le rock n'est pas du tout ma tasse de thé et je crains fort d'avoir peu de références à offrir pour évoquer le ressenti sur ce que je suis chargé de découvrir.
Chassant vite les transferts émotionnels résultant d'un background peu adéquat à l'approche d'Evenline, je me dis aussi que, plutôt orienté métal extrême, les quelques propos que j'apporte ici peuvent aussi donner un autre type d'avis que celui qui sera transmis en meilleure connaissance de cause par les plus avertis en cette matière.
« Evenline », me fait penser à « la même ligne » en langue Danoise ; quant à au mot « ligne », il me renvoie vers la notion de ligne de conduite au sens de suivre des valeurs éthiques avec attention.
Je me penche dans les archives United Rock Nations et relis les « News » de ma collègue, Rose De Lacfeld, qui annonçait le 08 décembre l'arrivée du nouvel album, ou encore, le jour même de sa sortie, le 20 janvier écoué, procédait à une petite piqure de rappel.
Je découvre que le groupe a sorti un premier EP « The Coming Life » en 2010 et son premier album ''Dear Morpheus'' en 2014. Il semblerait que le groupe se soit forgé une solide réputation, notamment sur scène puisqu'ils ouvrirent pour Alter Bridge, Seether, Glamour Of The Kill, Lower Than Atlantis, ou encore durant sa tournée européenne avec Be The Wolf.
Enfin, je lis qu'avec ''In Tenebris'', le groupe nous montre une autre de ses facettes. Ses textes reflètent une certaine noirceur, traitant de l'aspect affectif des relations quotidiennes et du monde de l'imaginaire qui leur est propre.
Me voilà avec quelques balises.
Premièrement, je me pose la question de l'ancienneté du combo. Sur leur site, je découvre que la formation remonte à 2009. Un quasi « 8 ans » d'âge, cela éveille mon intérêt car je suppute trouver une forme d'harmonie pour autant que le line-up ait été stable.
Est-ce le cas ?
A priori, oui, je retrouve le même line-up que celui ayant pondu le premier opus : Arnaud Gueziec au chant, Fabrice Tedaldi à la guitare, Thomas Jaegle à la basse (tous deux en backing chant), rythmés par la frappe d'Olivier Stefanelli.
Secundo, le groupe semble explorer dans les textes, « l'aspect affectif des relations quotidiennes ». Là, j'apprécie l'intention, le regard sociologique, ça rentre dans mon métier, et lorsque je vois des jeunes qui réfléchissent, qui critiquent avec pertinence et intelligence, je me remets à croire en l'avenir.
Allez, avant de plonger sur l'album, je file à la découverte de quelques morceaux anciens, histoire de prendre la première mesure. Je les découvre avec « Reality » et « One Last Chance », issus de l'E.P. de 2010. Je suis frappé par la beauté du timbre vocal d'Arnaud, l'âme Grunge y flotte sensiblement et je revois Pearl Jam avec l'extrême efficacité de Messire Eddie Vedder, malgré les nuances évidentes.
Musicalement, cela éveille mon intérêt. Oui, il y a des racines Alter Bridge ou encore, un soupçon de nu-alternatif Papa Roachien.
Je plonge sur le titre éponyme de leur premier album et découvre une certaine atmosphère, un début mélodique, un chant qui évolue encore toujours dans ce très distinctif timbre de toute beauté. Le riffing qui s'agite au gré du morceau suffit à créer un appel d'air à la motivation de me plonger sur ce fameux « In Tenebris ».
Nous démarrons en fanfare avec « All Against Me ». Le riffing engagé m'accroche. La gratte de basse de Thomas présente un petit groove loin de déplaire. Le chant m'apparaît plus travaillé encore et maîtrisé dans ses intonations ; la technique doublée d'une maturation évidente.
Sur « StraitJacket », je découvre un titre tout à fait à portée d'un large public, mélodique, pêchu à certains passages, ça transpire la cohésion de groupe. Le jeu de batterie est vraiment limpide, se trouvant là où il faut au moment opportun.
Sur le 3ème titre, « Silene Capensis » je réalise être séduit tant par l'ambiance que par la construction astucieuse, offrant un chant plus agressif, entrecoupant le délicat chant clair. C'est prenant et ça passe bien comme un savoureux léger dessert après repas déjà copieux.
Je repense à l'argumentaire vantant la noirceur des paroles, et sur le registre musical, là je sens bien une petite forme d'adéquation au propos.
« Echoes Of Silence » présente le même mordant sur les chants d'accompagnement, teintés de hardcore et ne dissonant point avec l'harmonie du chant d'Arnaud. La gratte de basse est plus groovée sur les parties plus énergiques pour ensuite rejoindre la guitare dans ses moments de répit. Le morceau est bien agréable.
Rendez-vous nous est donné avec la diversification dès l'écoute du génial « Sometimes We Die » qui se présente en faux slow tempo. C'est dans un registre émotionnel intense que nous retrouvons les Parisiens. L'âme Grungy flotte encore sur cette tuerie musicale.
« Broken Promises » sonne quant à lui comme un bon compromis entre les 2 précédents morceaux et vous captive au fur et à mesure de son envolée énergique.
Autre surprise, « Never There » qui fonce dans un style Fusion pour ensuite rejoindre le monde alternatif-néocoreux. Un halo de Rage Against The Machine filtre sur les parties musicales et c'est le chant typé qui rappelle la griffe identitaire Evenlienne.
Cette amorce se poursuit sur le très Funko-Groovy « Deeper Underground » qui offre aussi un beau pouvoir de séduction malgré son architecture très différente de la base. Evenline nous montre aussi une solide capacité à sortir de sa zone de confort, à composer autrement et tout en ayant le génie de garder son esprit initial.
« From The Ashes » permet au groupe de se rassoir sur son trône de la maîtrise. Nous retrouvons le petit côté lumineux qui se dégage de leur oeuvre et déjà perçu sur les titres découverts de leur E.P. de 2010.
Enfin, « Wasted Years » m'apparaît comme étant le titre au plus haut degré introspectif, dégageant même une forme de douleur mais parfaitement maîtrisée sous un registre plus thérapeutique. L'espoir semble s'imposer dans le corps de la piste.
Et voilà que la tentative d'approche se termine, me laissant le sentiment d'avoir écouté un bel album, de réécouter certaines pistes, de le considérer comme étant un produit non dispensable.
Certains titres m'ont touché, d'autres laissent une impression de découvrir un groupe qui se situe là où il se doit. Il n'y a pas de décalage.
Oui, Evenline reste dans la même ligne, lignée même que ce qu'il a démarré lors de sa création.
Le potentiel est là.
Ça peut plaire et j'en profite pour vous recommander l'immersion dans leur univers car vous en reviendrez, sans doute, indemnes mais probablement satisfaits de vivre une écoute qui s'écoule sans que vous ayez le temps de ressentir un quelconque poids. Cela, je le prétends, c'est bon signe.
Je tiens à féliciter le responsable de l'artwork de la pochette de l'album, pochette de haute esthétique, percutante, gracieuse, sombre et légère. Fabuleux travail.
En conclusion, avec « In Tenebris », Evenline nous montre qu'il n'a plus besoin de citer ses références car il s'est forgé sa propre identité dans le monde de l'alternatif de classe.