En 1983, quelques musiciens suédois montaient un groupe baptisé BB2, pour Better Be Together. Il a fallu attendre 2018 pour que l'aventure renaisse sous le nom d'Arkado, puis 2020 pour un premier album, ''Never Say Never'', et février 2024 pour ''Open Sea''. Ce deuxième disque avait de belles cartes en main, à commencer par 'Rising High' et la ballade de clôture 'Show The Light Again', mais il donnait encore l'impression d'un groupe qui se cherchait, partagé entre rock à l'ancienne et coloration pop.
Le line-up n'a pas bougé depuis : Philip Lindstrand au chant, Tony Rohtla et Patrik Svard aux guitares, Christer Engholm à la basse, Mikael Skafar à la batterie, et Mikael Svensson aux claviers, principal compositeur, qui produit lui-même ce troisième album, mastérisé par Thomas "Plec" Johansson.
La première chose qui frappe, c'est que l'hésitation a disparu. ''III'' assume une formule claire, un hard rock mélodique qui garde un pied dans l'AOR et lorgne volontiers vers le symphonique, sans jamais laisser les arrangements engloutir les chansons. Les claviers de Svensson sont partout, mais ils servent la charpente au lieu de la recouvrir, et la production, à la fois puissante et lisible, laisse chaque instrument à sa place. On reconnaît là une école suédoise bien connue, celle qui fait de la mélodie une affaire sérieuse.
Le versant le plus énergique ouvre le bal. 'A Little Too Late' démarre sur un rythme soutenu, avec des interventions de claviers bien senties et un refrain qui s'accroche dès la première écoute : une entrée en matière efficace, qui annonce un disque voulu large et lumineux.
'We Keep Climbing' joue la carte de l'ascension, au sens propre : les guitares posent les fondations, les nappes de claviers montent en arrière-plan, et le refrain s'élargit comme une vallée qui s'ouvre. Plus sombre, 'Crown Of Lies' est l'un des titres les plus denses de l'album, avec des guitares plus lourdes, des claviers tendus et une batterie qui frappe fort, preuve que le groupe sait durcir le ton sans rien perdre de son sens de l'accroche.
Plus loin, 'Too Much To Handle' et 'Rockstar' rappellent qu'Arkado n'a pas oublié le plaisir du rock simple : le second, surtout, célèbre les fondamentaux, guitares en avant et mélodie facile à reprendre.
C'est pourtant du côté des morceaux les plus amples que ''III'' trouve ses sommets. 'Forever Younghearts', déjà sorti en single, est la carte maîtresse du disque : un refrain d'hymne, porté par des claviers en altitude, sur un thème qui parcourt tout l'album, le temps qui passe et l'envie de garder intact son élan de jeunesse. Ce fil se retrouve dans 'Hourglass', dont les textures de claviers presque cinématographiques équilibrent une partie instrumentale musclée, et dans 'Victoria', qui doit beaucoup à son refrain lancé plus haut, dans une tonalité qui tire tout le morceau vers la lumière.
Le duo 'Phoenix & Stardust', avec Anette Johansson, chanteuse de ZHIVA, raconte l'histoire de deux amants contraints de quitter un monde dévasté pour chercher refuge parmi les étoiles. Les deux voix s'imbriquent avec naturel et le contraste entre elles donne au titre une vraie dimension dramatique, ce qui explique sans doute qu'il ait déjà séduit bien au-delà du noyau des fans.
Philip Lindstrand est l'autre grand gagnant de l'affaire. Sa voix, déjà remarquée sur ''Open Sea'', gagne ici en nuances, capable de porter un refrain de stade comme de se faire plus retenue. C'est d'ailleurs le cas de 'Sad Clown', ballade mid-tempo un brin théâtrale qui joue sur le contraste entre grandeur et mélancolie : le chanteur y est très juste, les paroles ne manquent pas d'intérêt. 'Heart Full Of Thunder' referme l'ensemble avec panache, sur un message de résistance et de feu intérieur qui donne au disque une conclusion à sa mesure.
Là où ''Open Sea'' tâtonnait, ''III'' affirme. Arkado ne révolutionne pas le hard rock mélodique scandinave, et ce n'était pas le but : il en livre une version soignée, cohérente, plus mûre aussi, qui parle de l'âge et de la persévérance sans sombrer dans la nostalgie : avec 'Forever Younghearts', 'Crown Of Lies' ou 'Phoenix & Stardust', les vétérans de Suède tiennent enfin le disque qui leur ressemble, et les amateurs du genre auraient tort de passer à côté.