Les uppercuts du gauche succèdent aux crochets du droit et l’on se rend compte qu’il y a derrière cet alambic infernal, un sirop d’érable assaisonné à l’acide prêt à désaltérer les gosiers les plus exigeants.
Valeurs sûres des années 80, les Canadiens de Sword s’étaient à l’époque fendus de deux albums solides qui leur avaient tout de même permis d’ouvrir quelques prestigieux bals… Metallica et Motörhead, excusez du peu. Et puis pschitt plus rien, nada, le néant, les quatre de Saint-Bruno se volatilisèrent sans bruit dans la nature… jusqu’à ce qu’ils se décident, on ne sait trop pourquoi d’ailleurs, à sortir de leur hibernation pour signifier au monde que la bête remuait encore, un monde qui du reste s’était apparemment fort bien accommodé de cette absence. Ce monde-là n’avait pas tout à fait raison…
Quelques kilos en plus, quelques 35 ans plus tard et quatre, cinq cheveux en moins, revoilà donc nos bûcherons canadiens prêts à en découdre en reprenant les hostilités là où elles avaient bêtement cessé. Je dis bêtement car le moins que l’on puisse dire est que ces bonhommes-là possèdent une maîtrise parfaite du boucan qui fait mouche, maîtrise qui leur avait permis il y a quelques décennies de se constituer une fanbase plutôt solide. A l’écoute de ce « III », on saisit mieux pourquoi.
Aidé, il faut le reconnaître, par une production testostéronée à souhait, Sword officie dans un heavy metal musculeux et prouve que les ans n’ont pas entamé leur volonté farouche d’en découdre. Inspiré et beaucoup moins basique qu’il n’y paraît de prime abord, le quatuor est une authentique et jubilatoire machine à riffs. ‘Unleashing Hell’, ‘I Am In Kommand’, les uppercuts du gauche succèdent aux crochets du droit et l’on se rend compte qu’il y a derrière cet alambic infernal, un sirop d’érable assaisonné à l’acide prêt à désaltérer les gosiers les plus exigeants.
Emmené par l’impeccable d’un Rick Hugues bluffant de puissance et d’agressivité, Sword tisse une architecture solidement campée tout en agrémentant l’ensemble de gimmicks guitaristiques d’une efficacité parfois déroutante. Difficile pourtant d’extraire de cette meute une personnalité en particulier tant les quatre musiciens œuvrent de concert pour décocher un missile cohérent de bout en bout, le fait qu’il s’agisse du line-up original explique sans doute cette cohérence. Si ces mots peinent à vous convaincre, poussez le volume et essayez de résistez à ‘Spread The Pain’… à moins que vous n’ayez besoin d’une preuve supplémentaire, ‘Dirty Pigs’ devrait alors faire l’affaire. Bref, l’auditeur averti n’aura que l’embarras et le choix des armes.
Les adeptes du bruit inédit ou du tapage alambiqué devront pour autant passer leur route, Sword ne cherche pas à dépoussiérer le genre, ni à inventer la poudre, il préfère la faire parler et prouve, ma foi, que des artificiers chevronnés valent parfois mieux que des apprentis-sorciers aux ambitions prométhéennes.