J’ai toujours eu un faible pour Bush. Pas seulement parce que le morceau "Glycerine" a accompagné mes premières bières tièdes, planquées dans le frigo familial, un soir de mes 14 ans où je me prenais pour Kurt Cobain, enfermé dans une chambre d’ado avec “PUNK” griffonné sur le mur. Mais surtout parce que Gavin Rossdale a ce talent rare : transformer la mélancolie en mélodie, comme si trois accords pouvaient encore sauver le monde, ou au moins un dimanche soir. Avec "I Beat Loneliness", Bush enterre définitivement le grunge poussiéreux de ses débuts pour embrasser un rock FM musclé, saupoudré de touches new metal. Les power chords sont massifs et tiennent la route, quelques nappes électroniques dépoussièrent l’ensemble, et l’album semble taillé pour les trajets de nuit et les néons de station-service. Mais à force de vouloir plaire à tout le monde, le disque sonne parfois trop lisse, trop calculé. Oui, les textes respirent une sincérité touchante, et Rossdale y met clairement ses tripes. Mais I Beat Loneliness finit par tourner en rond, comme un pote qui répète ses punchlines jusqu’à les user.
"Everyone Is Broken", le sommet du disque, rappelle pourquoi on écoute encore Bush : cette façon de marier le désespoir à une énergie brute, qui donne envie de tout envoyer valser tout en hochant la tête devant ses enceintes. Un album correct, efficace, mais sans grande cicatrice. Celui que tu écouteras deux, trois fois, avant de revenir aux vieux classiques. Parce qu’à trois heures du matin, bière à la main, quand il faudra vraiment se souvenir de ses 14 ans, ce sera toujours "Glycerine" qui tournera en boucle.