Une face de cassette de quatre-vingt-dix minutes : c'est à cette unité de mesure d'un autre âge que Niklas Stålvind a taillé le dixième album de Wolf. Le choix n'a rien d'anodin après ''Shadowland'', paru en avril 2022, qui frôlait l'heure de musique et dont quelques passages manquaient de tenue. Entre-temps, les Suédois ont quitté Century Media pour figurer parmi les premières signatures de Fireflash Records, sans changer un seul musicien : le quatuor signe ici son troisième disque d'affilée dans la même formation, enregistré dans ses propres studios, avec le bassiste Pontus Egberg aux manettes.
Cette cure d'amaigrissement est la décision la plus heureuse de ''Hour of the Wolf''. Le groupe n'a pas seulement raccourci son propos, il a aussi réparti les rôles entre ses neuf morceaux, et ceux qui attendent d'abord du Wolf pur jus sont vite servis. 'Death Satellite' ouvre les hostilités à toute allure, guitares jumelles en tête, avec un refrain fait pour être repris le poing levé : difficile d'imaginer meilleure carte de visite. À l'autre bout du disque, 'Dirty Little Secret' reprend la même vitesse et y ajoute une pointe de venin dans le refrain, après une introduction où basse et guitares regardent franchement du côté d'Iron Maiden.
Entre les deux, 'Streets of Necropolis' préfère le martèlement à la course et offre à Johan Koleberg son meilleur terrain de jeu. Le batteur y tient la vedette, ce qui n'est pas si fréquent dans un genre où tout le monde a les yeux rivés sur les solistes.
Le groupe se montre tout aussi convaincant lorsqu'il lève le pied pour installer un climat. 'Walpurgis Night' prend le temps de planter un décor sombre avant de lâcher ses riffs et de dérouler un refrain qui s'accroche durablement à la mémoire, sans doute le plus efficace de la série.
'Above the Fallen', né d'une démo d'Egberg, avance à pas plus mesurés sous des voix harmonisées et tranche par son élan positif, inhabituel chez ces amateurs de ténèbres. Quant au morceau-titre, autre composition partie d'une ébauche du bassiste et nourrie des promenades de Stålvind dans la forêt suédoise, il s'impose comme le sommet le moins discutable du disque : du heavy metal de haute tenue, qui justifie à lui seul d'avoir donné son nom à l'album.
Reste le versant le plus intéressant, celui où Wolf s'aventure aux marges de son territoire. "On a un peu oublié la plupart des règles sur cet album", résume le chanteur, et 'The Music of Erich Zann' le prend au mot. Inspiré de la nouvelle de Lovecraft, ce morceau sans refrain ralentit le tempo dès la deuxième plage, mise sur une atmosphère mystérieuse aux couleurs très seventies, glisse un solo de batterie en son milieu et laisse la musique poursuivre le récit quand les paroles se taisent. Placer une telle pièce juste après un titre aussi direct relève du culot, et le pari fonctionne parce que le groupe ne cherche jamais à y faire démonstration de virtuosité.
'Waltz Post-Mortem' est plus déroutant encore, avec son refrain à trois temps, ses harmonies empruntées aux compositeurs classiques et sa construction qui monte jusqu'à un point culminant avant de repasser par ses différentes sections en sens inverse. Selon l'oreille, on y entendra une authentique danse macabre ou simplement un headbanger un peu tordu. Dans les deux cas, voilà un morceau qu'on n'attendait pas de ce groupe après trente ans de carrière.
La production ne mérite aucun reproche. Egberg, dont le rôle n'a jamais été aussi important, signe un son net et organique où chaque instrument garde sa place, sans rien perdre de la puissance'. Stålvind, libéré des questions techniques, en profite pour soigner ses lignes de chant, et c'est par elles, autant que par les guitares, que les refrains font mouche.
Dix albums plus tard, Wolf n'a toujours aucune envie de se réinventer, mais il a compris qu'une tradition se défend mieux avec un peu de jeu dans les rouages. ''Hour of the Wolf'' est un disque concis, généreux, sincèrement divertissant, plus libre que ''Shadowland'' et mieux tenu aussi, qu'on remet volontiers en route une fois la dernière note éteinte.