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Hex Divided I

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Hex Divided

''Hex Divided I'', la maîtrise du contraste entre des riffs lourds et saturés
6 titres
Metal Alternatif
Durée : 23
Sorti le 03/07/2026
25 vues
AUTOPRODUCTION
Dix ans, c'est long. Assez long pour qu'on oublie un nom, assez long aussi pour qu'un musicien se reconstruise loin des projecteurs avant de revenir avec quelque chose à dire. Vincent Mery, chanteur, guitariste et compositeur originaire des Landes, avait raccroché les watts après la dissolution d'Appollonia, formation post metal dont l'histoire s'est arrêtée il y a une décennie.

Le voici de retour, seul cette fois, sous la bannière Hex Divided, et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'il n'a pas chômé pendant cette parenthèse silencieuse : les six morceaux et vingt-trois minutes de ''Hex Divided I'', son nouvel EP, sonnent comme l'œuvre d'un musicien qui savait exactement où il voulait aller en rouvrant le studio.

Le projet est présenté comme une digestion moderne des vibes alternative rock des années 90, relevée d'une sauce heavy et d'une vraie sensibilité pop — un classicisme qui ne sent jamais la naphtaline mais le travail de quelqu'un qui a digéré ses influences plutôt que de les recopier. Les noms qui circulent autour de ''Hex Divided I'' donnent une bonne idée de la couleur : Life Of Agony, Katatonia, le Gojira période Magma et Fortitude, Alice In Chains, Audioslave. Une famille large, mais cohérente, qui annonce un disque capable de naviguer entre la lourdeur et la mélodie sans jamais sacrifier l'une à l'autre.

L'EP s'ouvre sur 'The Faithless' et l'entrée en matière est presque cérémonieuse : un roulement percussif qui s'installe avant qu'un riff de guitare encore feutré ne vienne épouser une ligne de basse qui gronde sous des riffs post metal. C'est dans ce titre que Mery installe d'emblée la tension qui va irriguer tout le disque, entre passages soyeux et éclats plus mordants, avec des chœurs qui viennent éclairer la structure avant de laisser place à un solo de guitare tout en retenue — une ouverture qui ne cherche pas à frapper fort tout de suite mais à happer l'auditeur par la texture.

Vient ensuite un diptyque plus nerveux. 'By & By' déboule avec des riffs incisifs et une basse qui écrase tout sur son passage, porté par une voix qui se superpose à elle-même en harmonies avant de se libérer dans un cri plus amer — on pense immédiatement à l'énergie d'un Audioslave, comme annoncé en référence. 'Chinese Democraphy' creuse encore le sillon, plus sombre, plus grave, avec un riff entêtant et une basse qui prend brièvement le pas sur la batterie avant que celle-ci ne revienne avec autorité ; la voix y est plus instable, plus mouvante, dans un texte qui évoque une urgence intérieure, une volonté de se battre pour ce qui compte, dans une attitude qui doit beaucoup au grunge des années 90.

Le disque change ensuite de visage. 'Heart of Gold (They Say)' s'ouvre sur un groove de batterie presque funk et déploie une énergie plus lumineuse, entre prog-rock et alternative metal, avant un dépouillement soudain qui laisse la voix seule, nue, pour mieux préparer un retour en force final et triomphant. Puis arrive la reprise : 'There Is A Light That Never Goes Out' des Smiths, choisie en clin d'œil au quarantième anniversaire de ''The Queen Is Dead''. Hex Divided ne la trahit pas, il l'habille différemment — des couches instrumentales plus lourdes, une voix plus haut perchée et plus hantée que l'originale, qui donne au titre une couleur prog-rock inattendue sans jamais en abîmer la fragilité initiale.

L'EP se referme sur 'Cruel Tide', probablement le morceau le plus immédiatement accrocheur du lot, avec une intro qui ferait sourire les fans de Don Broco avant de basculer vers un format plus ample, des solos de guitare qui prennent leur envol et une frappe de batterie qui ne lâche rien, la basse restant présente sans jamais voler la vedette aux autres instruments. C'est une conclusion qui ressemble moins à un point final qu'à une promesse : celle d'un projet qui a encore beaucoup à montrer.

Ce qui frappe, à l'écoute de ''Hex Divided I'', c'est la maîtrise avec laquelle Vincent Mery gère le contraste entre des riffs lourds et saturés et des lignes vocales toujours en chant clair, sans jamais céder à la facilité du growl ou du cri systématique. C'est un disque exigeant dans sa construction mais accessible dans son exécution, porté par un vrai sens de l'efficacité pop qui ne dilue jamais l'intensité émotionnelle du propos. Dix ans après Appollonia, ''Hex Divided I'' sonne comme une renaissance pleinement assumée : un musicien qui n'a rien perdu de son écriture, et qui semble même avoir affûté son sens du contraste et de la tension pendant toutes ces années de silence. Une carte de visite courte mais terriblement convaincante, qui donne furieusement envie de découvrir ce que ce nom encore neuf réserve pour la suite.