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Heed The Call

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

K-Man & The 45s

Treize titres courts, des cuivres qui cognent et une sueur de fin de concert : les Montréalais transforment chaque refrain en invitation à danser
13 titres
Ska-Punk
Durée : 36 minutes
Sorti le 09/10/2026
14 vues
Un soir de tournée, quelque part en Europe, la caisse de K-Man & The 45s s'est vidée bien plus vite que prévu dans un bar de Berlin. L'épisode est devenu une chanson, et c'est elle qui ouvre ''Heed The Call'', quatrième album des Montréalais. Ça donne le ton : ici, on raconte la route telle qu'on l'a vécue, sans la rêver.

Trois ans après ''Primed To Go!'', le quintette mené par Kristin McNulty au chant et à la guitare reste fidèle à Stomp Records, maison historique du ska canadien, et retourne enregistrer au Stuzzio, dans sa ville. L'intention est claire, et le groupe la résume en une phrase : "C'est ce qui se rapproche le plus de notre concert jamais gravé sur un disque."

Le format confirme le programme. Treize morceaux en un peu plus de trente-six minutes, presque tous sous la barre des trois minutes : on n'a pas le temps de s'asseoir. 'Bankrupt In Berlin' démarre plein pot, avec une attaque franchement punk, et fait revivre cette nuit de dépenses déraisonnables sans le moindre remords.

Le premier single, 'We Won't Stop', mise tout sur un refrain à hurler en chœur et un message sans détour, celui d'une colère de trottoir. Les cuivres n'y servent pas d'ornement, ils tirent le morceau en avant, et c'est l'une des forces de tout le disque : trombone et saxophone y jouent les moteurs, pas les décorations. Le morceau-titre suit la même ligne, celle d'un appel au rassemblement qui sert de fil rouge thématique, tandis que 'Buzz Off' envoie promener ceux qui voudraient dicter la conduite des autres. 'Clark St.' et 'Oh Yeah Attitude' ancrent le tout dans le bitume montréalais avec des riff plus puissants, et l'on sent qu'elles ont été écrites pour des salles où l'on se marche sur les pieds.

C'est pourtant dans son registre le plus déluré que l'album se montre le plus attachant. 'Demon Days' lâche un peu la bride : la démarche et le chant évoquent sans complexe Madness, avec un clin d'œil appuyé à 'Night Boat To Cairo'. Ça tombe à pic, puisque le texte part en Égypte : une trêve entre pharaons qui tourne mal, Râ à dos de sphinx, Anubis qui déraille. C'est absurde, assumé, et la section rythmique tient le tout à pleine vitesse sans jamais perdre l'équilibre. 'In A Mess' joue la même carte festive avec un refrain qui préfère la piste de danse à la bagarre, une devise qui pourrait servir de profession de foi à tout le disque.

Les Montréalais savent aussi lever le pied, et c'est ce qui évite à l'ensemble de tourner au sprint monotone. Nourri par l'engagement associatif du chanteur et par ses liens avec la Jamaïque, 'Working In The Sun' ralentit nettement le tempo en mode reggae et laisse respirer le groove, sans rompre la cohérence du disque. À l'autre bout, 'Fire (On The Second Floor)' étire ses six minutes sur un tapis dub moelleux, une vraie descente en douceur après une demi-heure de pogo.

La production fait le choix assumé de la crasse plutôt que du vernis : les guitares grattent, les cuivres claquent, la batterie sonne comme dans une salle et non comme dans une cabine. Ce parti pris sert le propos. Le ska-punk est un cadre étroit, et K-Man & The 45s ne cherche jamais à en repousser les murs. C'est peut-être là tout l'intérêt. ''Heed The Call'' ne prétend pas faire avancer le two-tone, il le pratique avec la conviction d'un groupe qui a usé ses semelles sur les scènes du Canada, des États-Unis et d'Europe.

Énergique, généreux, souvent drôle et jamais prétentieux, il remplit exactement sa mission : donner envie de rejoindre la fosse. Pour les amateurs du genre, c'est une valeur sûre.