We Hunt Buffalo, dont le son et les pochettes d'album inspirent le désert rocailleux et les montagnes du Midwest américain, vient de Vancouver au Canada, en fait. Nettement moins ensoleillé, mais tout aussi inspirant comme coin. Bref, revenons à la bio. Le trio s'est formé en 2010 et « livre un fuzz rock qui tape dur avec du groove délicieux et des tonalités psychédéliques ». Du stoner / heavy rock avec un peu de prog par-dessus en somme. En tout cas, c'est comme ça que se définissent nos Canadiens. Rejoints par leur nouveau bassiste Cliff, les deux membres fondateurs Ryan (guitare / chant) et Brandon (batterie), s'enthousiasment de l'apport du nouveau membre et sortent donc leur 4ème album : « Head Smashed In ».
L'album ouvre sur ‘Heavy low', qui monte lentement et progressivement. D'ailleurs, le titre porte parfaitement son nom. Au passage, c'est marrant comme souvent les groupes de rock stoner parlent d'essence. Sans doute pour aller dans leurs immenses trucks. Mais musicalement parlant, on est en plein dans le stoner avec la basse qui gronde, la batterie qui ramasse la frappe lourde, la guitare qui garde le champ libre pour les mélodies et la voix qui est impeccable. Dans la même veine, ‘Keep it refreshing' nous emmène encore plus loin dans le désert. C'est lent, ça frise, ça bourdonne, on sent l'électricité. Plongés dans la gravité rocailleuse du trio.
Ailleurs sur « Head smashed in », ça continue sur des morceaux directs, simples bien que recherchés et complets. Et une certaine agression, d'ailleurs revendiquée par les Canadiens pour ne nouvel opus. ‘Angler must die' déroule sous un rythme soutenu. Ça gueule, c'est rapide ; mais quel boucan à 3 ! Et ‘Get in the van' est un instrumental de dingue tout en vitesse et en accélérations. Là, on n'est plus du tout dans l'hypnotique du stoner mais dans un heavy rock puissant et véloce.
Mais si We Hunt Buffalo sait se montrer agressif et très direct, le groupe est aussi capable de composer des odes et des ballades très mélodiques, façon histoires du soir. Les influences prog ressurgissent sur ‘Industry woes' avec son superbe riff, qui accompagne tout le morceau comme un narrateur. Et sur ‘The giant's causeway', le chant mélancolique à souhait a des petits airs de Tool / A Perfect Circle.
Tout aussi transporteurs, mais d'une manière plus psyché, des titres comme ‘Anxious children' : offrent des riffs bien planants. Hop là le petit détour en orient, avant le gros riff bien heavy celui-là. On sent encore cette mélancolie dans la voix de Ryan. Sur ‘Prophecy wins', morceau plus lent, on croirait le riff joué décomposé. Basique mais efficace. Et le solo bien posé en plein milieu du morceau renforce cette impression lancinante de mélodie psychédélique.
A l'écoute de « Head smashed in », on a le sentiment d'un voyage en poussiéreux sur les routes torrides du désert américain. On plonge dans un album envoûtant, probable conséquence de ce son hypnotique et électrisant des Canadiens. We Hunt Buffalo signe là un album émouvant, à la fois direct mais très travaillé au final. Aussi doux qu'agressif mais toujours entêtant et mélodieux, à l'image du dernier titre ‘God games'.