En faisant le choix de se recentrer sur les riffs, le groove, et l’émotion brute, Corrosion Of Conformity a choisi de rester authentique pour « rendre Reed fier ». Le pari est réussi.
Il y a des retours qui relèvent quasiment du miracle, et celui de Corrosion Of Conformity appartient clairement à cette catégorie. Huit longues piges se sont écoulées depuis « No Cross No Crown », et entre-temps, le combo a traversé des épreuves qui auraient pu lui être fatales : la disparition du batteur co-fondateur Reed Mullin début 2020 (il souffrait depuis plusieurs années de dépression suite à un alcoolisme chronique) puis le départ en bons termes courant 2024 du bassiste historique Mike Dean (également membre originel).
Pour surmonter ces écueils (et sans doute pour une question de survie), avec l’envie de poursuivre malgré tout, Pepper Keenan et Woody Weatherman se sont réfugiés chez le premier, dans le Mississippi. Là-bas, outre de réécouter certains grands classiques (Discharge, ZZ Top, Motörhead, Neil Young, Black Sabbath), ils ont surtout composé. Avec beaucoup de matériel disponible et deux directions différentes identifiées, l’idée de séparer en deux disques leur futur album s’est rapidement imposée.
Enregistré avec deux nouveaux comparses (Stanton Moore aux baguettes et déjà présent sur « In The Arms Of God, en 2005 », Bobby « Rock » Landgraf à la 4-cordes), voilà donc « Good God / Baad Man ». Dense et généreux (quatorze chansons pour soixante-sept minutes de zique), ce onzième opus se révèle à la fois un hommage à leur « frère » disparu et une redéfinition de leur ADN musical. Dès les premières notes, une chose est sûre : l’esprit de C.O.C. est toujours bien vivant.
Viscérale et sans compromis, la première partie (« Good God ») marque par son approche frontale. Les riffs y sont lourds. Plusieurs morceaux témoignent d’une énergie brute, comme si le groupe redécouvrait ses racines avec une urgence nouvelle ('You Or Me', 'Gimme Some Moore' avec des chœurs de Al Jourgensen). Dixit Pepper « Woody et moi voulions écrire comme si nous avions à nouveau 17 ans ». La production organique donne l’impression que le quatuor joue en live dans la même pièce. Cela dit, en voulant trop embrasser leurs influences les plus directes (citées plus haut), les quatre garçons flirtent par moments avec une certaine redondance. Ici et là, l’improvisation prend le pas sur la structure (le très long 'Run For Your Life'). Cette liberté dilue un peu l’impact mais rien n’est vraiment rédhibitoire.
C’est pourtant dans cette apparente dispersion que la seconde face (« Baad Man ») trouve sa force. Plus posé, plus bluesy, ce deuxième volet explore les racines southern chère à la formation américaine avec un groove presque hypnotique. Ici aussi les échos des ainés nous embarquent dans d’autres ambiances qui contrastent avec la rugosité du premier versant (le très bluesy ZZ Top-ien 'Handcuff County', le bien groovy 'Swallowing The Anchor', la douceur planante 'Brickman'). Pas totalement parfait mais 100% sincère, « Good God / Baad Man » est une « véritable lettre d’amour au rock ». En faisant le choix de se recentrer sur les riffs, le groove, et l’émotion brute, Corrosion Of Conformity a choisi de rester authentique pour « rendre Reed fier ». Le pari est réussi.