Un peu plus de cinq piges après la sortie de « Persona Non Grata », Exodus revient avec un nouveau skeud nommé « Goliath. Ce douzième missile studio (on ne compte pas le réenregistrement « Let There Be Blood » de 2008) marque le retour au chant de Rob Dukes (parti en 2014) après le (re-re)licenciement de Steve « Zetro » Sousa début 2025. Malgré ce énième remaniement, Gary Holt se voulait positif, lors du mix voilà quelques mois, annonçant pêle-mêle, « du lourd », « avoir enregistré 18 morceaux » (pour possiblement deux efforts distincts) et « aucun titre de remplissage ».
A l’écoute, plusieurs morceaux s’imposent effectivement comme de véritables brûlots, rapides, incisifs et portés par des riffs impitoyables dans la plus pure tradition thrash ('3111', 'Beyond The Event Horizon'). Outre un mister Dukes plus hargneux que jamais au micro, les solos de Gary et de son comparse demeurent toujours aussi inspirés et redoutable d’efficacité. L’ensemble dégage une indéniable énergie brute. Le mix-mastering de Mark Lewis (Megadeth, Whitechapel, DevilDriver) apporte une touche moderne et percutante.
Bien que le combo originaire de Richmond cherche à reste fidèle à ses bases, il tente aussi de faire évoluer sa formule. Notons d’abord (car plutôt rare) que les paroles et/ou musiques de cinq chansons (sur les dix qui composent l’album) ne sont pas signées de Gary. Les lyrics ont été pondues par Rob (et même une pour le cogneur Tom Hunting) et les ziques proviennent de l’autre pourfendeur Lee Altus (ex-Heathen). Ensuite, plusieurs pistes introduisent des éléments plus mélodiques ou progressifs ('Summon Of The God Unknown', 'The Changing Me' avec le suédois Peter Tagtgren de Hypocrisy en invité).
La plage éponyme, enrichie par le violon de Katie Jacoby, tente une ambiance plus lourde et pesante, presque doom. Cette volonté de diversification montre une formation qui refuse la stagnation. Cela étant dit, ces « expérimentations » amènent à un disque certes hétérogène mais qui montre ses limites (le très bon côtoie le plus dispensable). Les mid-tempos manquent d’impact et cassent la dynamique ('Promise You This', Violence Works'). Certaines compos semblent s’étirer ou hésiter entre plusieurs directions et ne réussissent pas à marquer durablement les esprits.
Quarante et un ans après leur cultissime (indépassable ?) « Bonded by Blood », Exodus est toujours debout. Malgré le départ de son frontman, vaille que vaille, le quintette poursuit sa route, entre fidélité au thrash old-school et des tentatives d’ouverture. Si « Goliath » ne restera probablement pas le meilleur effort des étasuniens, saluons cette volonté d’avancer et d’élargissement des possibilités.