Le 30 novembre 2019, au Forum de Los Angeles, après trente-huit d’existence et une dizaine d’efforts studio/live, Slayer donnait son ultime concert. Peu après la dissolution du groupe, le six-cordiste Kerry King annonçait que son parcours musical n’était pas fini pour autant. Quatre piges et demie plus tard, voilà que déboule « From Hell I Rise ». Dire que ce premier album en « solitaire » de l’emblématique pourfendeur aux chaînes accrochées à sa ceinture est très attendu au tournant est en dessous de la vérité.
Pour ses « débuts en solo », l’étasunien à jouer la sécurité en s’entourant de son ex-comparse batteur Paul Bostaph, du bassiste Kyle Sanders (Hellyeah, frangin de Troy Sanders de Mastodon), du guitariste Phil Demmel (ex-Machine Head, ex-Vio-lence) et du chanteur Mark Osegueda (Death Angel). Point de Phil Anselmo (Pantera, Down) ni de Gary Holt (Exodus) dans les rangs comme les laissaient supposées les premières rumeurs.
Du côté des thèmes abordés, les sujets sont familiers (religion, guerre, politique, …). Musicalement, on est également en terrain plus que connu. Avec deux missiles (sur les treize proposés) écrits lors des sessions d'élaboration de « Repentless » (la dernière offrande de qui vous savez sortie en 2015), tout s’explique ou presque. La comparaison avec les livraisons défouraillées par les anciens Rois du Thrash est inévitable. Les morceaux donnent dans le thrash ('Where I Reign', la bombe éponyme) sans négliger des atmosphères sombres ('Tension') et des plans/soli incisifs joués à toute berzingue ('Idle Hands'). Ici et là s’immiscent des fulgurances punk ('Two Fists', 'Everything I Hate About You'), des changements de tempos ('Toxic'), des parties hardcore ('Crucifixation') ou « mélodiques » ('Shrapnel').
Il y a des gimmicks et des riffs (reconnaissables entre mille) qui ne trompent pas (l’intro instrumentale 'Diablo', 'Trophies Of The Tyrant'). L’américain au caractère bien trempé et aux opinions bien arrêtées notoires reconnait lui-même que c’est « très similaire » (en même temps c’est lui qui avait composé la majeure partie dudit ultime opus). Aux railleurs, l’adepte des grattes B.C. Rich et des amplis Marshall répond : « Je n’ai vraiment aucune envie de faire quelque chose de différent ». C’est dit. Une fois qu’on a compris, et surtout accepté, qu’on a là une « extension / suite » du dernier méfait de Slayer, ce travail en férocité s’apprécie.
La collaboration entre KK et le producteur Josh Wilbur (Korn, Lamb Of God, Avenged Sevenfold) engendre un résultat monstrueux (au niveau sonore sentant). La prod’ a beau être maousse costaude, on peut toutefois regretter que la 4-cordes de Sanders se fonde un peu trop dans le mix.
Le quintette est en grand forme, Mark Osegueda en tête ('Residue'). Rageur, le frontman de Death Angel ne copie pas Tom Araya, même si on peut reconnaitre que certaines intonations (les plus « forcées » notamment) rappellent les charges passées du bassiste-hurleur d’origine chilienne.
Compte tenu des tensions et rancœurs toujours vives entre les (ex-)muzicos de Slayer, et même si deux gigs « bonus » - qui font du bruit dans Landerneau du metal - sont programmés pour septembre 2024, une reformation semble peu probable … et sans doute même non souhaitable. L’avenir pour Kerry King (60 balais le 3 juin prochain) est donc avec son/ce nouveau combo à son nom. Convaincant à défaut d’apporter quelque chose de neuf, « From Hell I Rise » est une suite logique et cohérente dans le parcours de celui qui sera le « Very Special Guest » lors du Hellfest 2024. Souhaitons malgré tout que le second et futur disque (déjà prévu et composé selon les dires du meneur chauve) amène quelques prises de risques. A suivre.