Il est des albums qui ne s'écoutent pas, mais qui se traversent comme des paysages embrumés. Avec son nouvel opus, "Forest of Forgetting", le projet Eye of Melian ne se contente pas de livrer douze titres ; il ouvre un portail vers un sanctuaire où l'ombre et la lumière dansent une valse éternelle.
Un refuge entre deux mondes :
Dès l'ouverture magistrale sur ‘Of Willows and Shadows’, le ton est donné : nous sommes à la lisière de la musique symphonique et du septième art. Si l'influence de Tolkien imprègne toujours les racines du groupe, une nouvelle texture émerge, rappelant par instants la féerie douce-amère des univers de Tim Burton. On y retrouve cette dualité fascinante où la beauté céleste des chœurs semble masquer une mélancolie plus profonde, presque dramatique.
L'album se déploie comme un conte introspectif, une quête de soi où la nature agit comme un guide spirituel. "Forest of Forgetting" est ce lieu étrange où l'on est invité à déposer ses fardeaux à l'entrée pour ne garder que l'essentiel.
Une alchimie de talents :
Pour bâtir ce monde imaginaire, le groupe a su s'entourer de complices précieux :
* Troy Donockley (Nightwish, Auri) et sa virtuosité multi-instrumentale.
* Patty Gurdy, dont la vielle à roue apporte une terreur organique et mystique.
Ensemble, ils transcendent des morceaux comme ‘Elixir of Night’ ou l'épique ‘Dawn of Avatars’. On notera également la présence de l'instrumental ‘Nepenthe’, véritable respiration orchestrale, ainsi qu'une réinterprétation poignante et très personnelle du ‘Tears of the Dragon’ de Bruce Dickinson, insufflée par la passion de Mikko pour l'artiste.
La voix, fil d'Ariane de l'onirisme :
Au centre de ce labyrinthe sonore, la voix de Johanna brille par sa pureté. Loin de la démonstration de force, elle choisit la voie de la cristalinité et de la douceur. Sa prestation, presque éthérée, accompagne les mélodies de 'Symphonia Arcana’ ou de ‘Blackthorn Winter’ avec une justesse qui semble déambuler entre le rêve et la réalité.
Une orchestration presque céleste où une douceur apparente dissimule une profondeur bien plus sombre.
En résumé :
Plus sombre et plus affirmé que son prédécesseur, "Forest of Forgetting" installe définitivement l'identité d'Eye of Melian. C'est un équilibre parfait entre textures instrumentales et récits mystiques.
Un album qui s'offre comme un refuge sonore, idéal pour quiconque cherche à perdre le monde de vue pour mieux se retrouver.