Les métalleux, c'est entendu, sont des doux-dingues qui n'aiment rien tant que boire de la bière, rire bêtement aux blagues d'amis à la maturité douteuse et montrer leurs fesses blanches et rigolotes dès qu'il est possible de le faire. Il leur arrive même à l'occasion de chanter à tue-tête le dernier single déglingué de Steel Panther, c'est dire. Ils ont pourtant un cœur, ces trublions, et une grand-mère à laquelle ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. L'inéluctable finit alors un jour par les tarauder et un genre de spleen, indéfinissable, les étreint. Ils se taisent et déposent sur leur platine ''Flames of Perdition'' de Dawn of Solace, dernier rejeton de l'inénarrable et prolixe Tuomas Saukkonen.
Au programme, du Gothic Doom, énième chapelle d'une liturgie métallique sourcilleuse et maladivement précise. C'est lourd, c'est lent, c'est triste mais c'est follement intelligent et ça flatte l'oreille instantanément. 'White noise' ouvre le bal et l'on se dit d'emblée que l'on va passer un sacré bon moment, pas toujours très gai mais sacrément bon tout de même. Epais, calme, ce préambule imprime sans attendre une excellence qui ne se démentira jamais au fil des écoutes. Le chant de Mikko Heikkilä, tout en retenue, n'est d'ailleurs pas étranger à l'ambiance crépusculaire qui émane de l'ensemble. Le bonhomme possède une belle voix de ténor, profonde, posée et exempte de toute esbroufe, une voix expressive, gorgée jusqu'à la gueule d'une émotion rentrée qui n'en fait jamais trop mais qui néanmoins parvient à cohober subtilement sa mâle mélancolie. Ecoutez donc 'Event Horizon' et l'on en discute si vous êtes d'accord.
'Erase', 'Flames of Perdition', 'Dying Light', les pistes défilent et l'on attend toujours le premier faux pas, le premier temps mort, il n'arrivera jamais. Les larmes de métal sont calibrées et coulent avec abondance en sanglots dépressifs. Sûr de sa force, Dawn of Solace se hâte lentement et décline son taedum vitae à l'infini sans jamais se départir d'une pudeur qui tient absolument à éviter toute faute de goût. Les arpèges sont délicats, le piano se veut discret et la distorsion dense et compacte se répand en nappes inconsolables. A souligner que l'ensemble est mené d'une main de maître par un Tuomas Saukkonen de gala qui éclabousse de sa classe cet opus.
Véritable homme orchestre, multi-instrumentiste de talent, compositeur boulimique, le Finlandais tatoué puise son inspiration à une source inconnue qui jamais ne semble se tarir. Multipliant les projets comme d'autres les pains, le sieur Saukkonen ne laisse somme toute à son compère que le mérite des voix, et il fait bien pour le coup, pour le reste, il s'occupe de tout, une omnipotence remarquable quand on constate la qualité des morceaux proposés. Il n'est pas jusqu'à 'Serenity', instrumental austère, qui ne convainc par sa simplicité et son sens de la mélodie.
Un certain Musset déclara jadis : ''les plus désespérés sont les chants les plus beaux, Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots'', nul doute que l'Alfred aurait certainement apprécié la puissante affliction de ce duo finlandais. Fantaisistes conjectures, me direz-vous et vous auriez sans doute raison mais qu'importe, il me plaît à imaginer l'auteur de 'Lorenzaccio' headbanguer sur Dawn of Solace. On a les fantasmes qu'on mérite.