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Fields of Fire

ALDO
Journaliste

Ovtrenoir

Exigeant, enthousiasmant, bref : INDISPENSABLE !!!
7 titres
Post Metal
Durée : 43
Sorti le 23/10/2020
3113 vues

Bon, histoire de rendre à César ce qui est à César, je vous invite direct à lire l’article que ma collègue Rose de Lacfeld a consacré en rubrique « News », pour la sortie du présent album. Tout (à commencer par l’essentiel) concernant ce combo y est – excellement, soit dit en passant- expliqué.

Attardons-nous plutôt sur le concept de la formation, lequel est parfaitement résumé dans le patronyme qu’ils se sont donné. Un peu de culture, donc…

L’outrenoir (sans V) est un concept développé par le plasticien Pierre Soulages, qui consiste à travailler des toiles uniquement peintes de… noir. Un noir profond (d’où le terme d’ outre-noir), que le peintre s’applique à travailler en terme de textures, afin que la lumière vienne se réverbérer différemment selon les endroits du tableau, et révèle des motifs autrement indescriptibles. L’image, et par voie de conséquence l’émotion, nait de ce jeu entre lumière et matière qui émerge des…ténèbres.

Le fait est que c’est exactement ce que pratique OVTRENOIR (le groupe) par le truchement de sa musique. A la manière d’un CULT OF LUNA, ou de nos amis belges d’AMENRA, voire des regrettés et excellents conpatriotes chtimi GENERAL LEE (je vous recommande leur album « Roads ») le quatuor développe une matière noire, en mettant en valeur des sons saturés et gorgés de basses (le terme de « pachydermique » est particulièrement adapté), soulignés par un rythme lent (« Those scars are landmarks ») parfois plus tonique (« Wires ») mais toujours Doom dans l’intention. Le chant est hurlé, à la manière d’un Joe Duplantier de chez KIVOUSSAVEY, et – très - ponctuellement soutenu par un growl plus caverneux en filigrane.

Ca, et la quasi absence de progressions d’accords (il y a quelques exceptions, comme pour « I made my heart a field of fire »), c’est pour le côté « noirceur ». Pour le travail sur les textures, telle la lumière jouant sur les aspérités du tableau, il faut regarder (écouter, plutôt) le travail sur les différentes couches sonores, à base de résonances et de réverbération. Les fréquences se complètent ou s’annulent ainsi, créant littéralement des reliefs auditifs.

Parfois, la démarche s’approche du Drone, en atténuant (voire éradiquant) toute indication de rythme (les toms et les cymbales sont travaillées uniquement en roulements prolongés plutôt que martelées). On appréciera également le travail sur les nappes de sons, qui peuvent abandonner momentanément la recherche de puissance, pour quelque chose de plus éthéré, brumeux (le bien nommé « Kept afloat »). L’on n’est pas surpris de la précision et de la qualité de la production, lorsqu’on sait que celle-ci est assurée par l’EXCELLENT Francis CASTES (BUKOWSKI, LOUDBLAST…).

Loin des futiles marchandises purement rock’n’roll que l’on s’envoie habituellement dans le conduit, OVTRENOIR propose une expérience à la fois cérébrale, conceptuelle, et riche d’émotions. C’est certainement moins accessible, mais pour qui fait l’effort de se laisser happer par la chose, c’est une expérience intense et passionnante qui attend l’auditeur. Au regard du style pratiqué, on notera la concision du propos développé sur l’album, dont la durée (réelle comme perçue) est parfaitement calculée. On ressort de l’écoute un tantinet sonné, mais –malgré une ambiance qui n’incite pas à la gaudriole – heureux. Exigeant, enthousiasmant, bref : INDISPENSABLE !!!