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Fever

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Graveyard

Plus brut, plus chaud et plus direct que ''6'', le septième album des Suédois remet le fuzz et le groove au premier plan
9 titres
Classic Rock
Durée : 38 minutes
Sorti le 09/10/2026
12 vues
"Pas de producteur extérieur. Pas de détours." C'est ainsi que Graveyard résume la façon dont il a abordé son septième album, et la formule tient lieu de programme. Trois ans plus tôt, ''6'' avait montré les Suédois sous leur jour le plus sombre et le plus replié sur lui-même : un disque en clair-obscur, aux couleurs volontairement éteintes, qui avait laissé une partie du public sur sa faim.

Depuis, le groupe de Göteborg, reformé en 2017 après une séparation aussi brutale qu'inattendue, a beaucoup tourné. Il vient aussi de perdre Jonatan Ramm, son guitariste depuis près de vingt ans, parti quelques semaines avant la sortie du premier extrait. ''Fever'' a toutes les chances d'être le dernier témoignage de cette formation, aux côtés de Joakim Nilsson, de Truls Mörck et d'Oskar Bergenheim.

Le titre ne ment pas sur la marchandise : la température monte dès les premières secondes. 'Back From The Grave' s'ouvre sur un groove lourd et rampant, de lignée sabbathienne assumée, mais avec des angles assez tranchants pour qu'on n'ait jamais l'impression de visiter un musée. Dans la bouche d'un groupe qui a déjà connu une mort et une résurrection, ce titre sonne comme une déclaration d'intention.

Ce qui frappe d'abord, c'est le son. Là où ''6'' feutrait tout, ''Fever'' met la saleté en avant sans tomber dans la bouillie : le fuzz occupe le devant de la scène, les guitares déplacent de l'air, et quand le disque se calme, il se calme vraiment, ce qui donne aux passages lourds tout leur poids. Le mixage a manifestement été pensé pour le volume plutôt que pour le confort.

Une bonne moitié de l'album joue la carte de l'efficacité pure. 'Tongue Tied' fonce avec la nervosité d'un pub rock poussé au bord du punk, sur un rythme qui ne relâche jamais la pression. 'Room Tempered' démarre sur un échange entre la batterie et la basse avant de s'emballer dans un rock'n'roll crasseux, très british dans l'esprit. 'A Means To An End', premier extrait choisi en toute logique, repose sur un shuffle hérité du début des années 70 et se pavane avec une arrogance de boogie presque glam.

'Year Of The Horse' dépouille la formule jusqu'à l'os, façon stoner débridé, et se termine sur un final qui compte parmi les moments les plus excitants du disque. Pris un par un, ces morceaux sont redoutables, et on les imagine déjà faire des ravages sur scène.

C'est quand Graveyard ralentit que ''Fever'' prend de l'épaisseur. 'A Better Cut (Note To Self)', plus lourd et plus lent, s'enroule autour d'un riff hypnotique taillé dans la même glaise que celui d'un Witchcraft, et Nilsson y brûle littéralement, la voix éraillée et pleine d'une rage contenue, avant un solo qui vient trancher dans la masse. Superbe !

Dans 'Time To Tell' la basse de Truls Mörck y mène la danse, tout en roulements chaleureux, et le morceau marie une terre très Creedence à une brume psychédélique plus inquiétante. C'est d'ailleurs l'un des atouts de ce disque : la section rythmique ne se contente pas d'accompagner. Mörck sort régulièrement du rang, et Bergenheim varie ses frappes avec beaucoup d'imagination, du shuffle sautillant aux martèlements plus lourds.

'Dead Note' referme l'album avec ambition : près de sept minutes qui partent d'un blues lent et feutré, dans la lignée des ballades de ''Hisingen Blues'', puis grimpent par paliers vers un jam aux accents doom, chargé d'une colère qu'on n'attendait pas forcément.

Avec seulement neuf titres et trente-cinq minutes, le disque ne s'attarde nulle part et ne contient aucun remplissage. Toutes les références y passent : Sabbath, Creedence, le blues anglais, tout cela est digéré avec talent.

Graveyard a enfin retrouvé son pouls. ''Fever'' contient cette énergie physique qui manquait cruellement à ''6''. Le groupe joue ici à l'instinct, et ça s'entend. Que ce disque soit aussi le dernier avec Jonatan Ramm lui donne un goût doux-amer ; l'essentiel est qu'il donne surtout envie de voir ces chansons prendre vie sur scène, là où elles ont manifestement été pensées pour exploser.