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Fears

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Nanika

Nanika ne cherche pas à reproduire mécaniquement les codes de l’electro rock ou de l’indus contemporain. Le trio construit plutôt un langage personnel où la pop devient progressivement contaminée par quelque chose de plus nerveux, de plus anxiogène, de plus instable.
3 titres
Pop
Durée : 15
Sorti le 19/06/2026
46 vues
AUTOPRODUCTION
Avec ''Fears'', Nanika installe immédiatement un climat, une identité, une forme de tension qui dépasse largement la simple démonstration technique. Le trio originaire d’Aix-en-Provence et du Vaucluse ne débarque pas avec une collection de chansons calibrées pour flatter les playlists modernes, mais avec une véritable proposition esthétique : une pop sombre, mouvante, anxieuse, qui absorbe aussi bien l’electro rock que l’indus, la dark pop contemporaine ou certaines pulsations technoïdes héritées du clubbing européen.

Le contexte du projet explique en partie cette singularité. Derrière Nanika, on retrouve des musiciens qui maîtrisent autant les instruments organiques que les outils de production électronique. Cette dualité irrigue entièrement l’EP. Anthony Chaillan à la basse et Clément Désilets à la batterie construisent une base vivante, physique, presque charnelle, pendant que les textures synthétiques viennent constamment perturber l’équilibre du décor. Au centre de tout cela, la voix de Lucie Chaillan agit comme un étrange point de stabilité émotionnelle : fragile sans être vulnérable, froide sans jamais devenir distante.

Dès 'Afraid Of The Dark', Nanika affiche clairement ses intentions. Le morceau fonctionne comme une montée d’adrénaline progressive. Derrière son apparente immédiateté dansante, le titre développe un vrai sentiment d’inconfort psychologique. Les pulsations électroniques évoquent autant une piste de danse qu’une crise d’angoisse en accélération. Ce qui impressionne surtout, c’est la manière dont le trio évite le piège de la saturation permanente. Tout est question de tension contenue. Les synthés semblent constamment sur le point de déborder tandis que la batterie conserve un groove mécanique particulièrement efficace. Plus le morceau avance, plus cette sensation d’étouffement émotionnel devient palpable.

Le titre traduit parfaitement cette thématique des peurs et des angoisses évoquée par le groupe. Mais plutôt que de sombrer dans un pathos démonstratif, Nanika transforme cette anxiété en énergie physique. 'Afraid Of The Dark' possède quelque chose de paradoxalement euphorisant dans sa noirceur. C’est probablement là que le rapprochement avec certaines références comme Nine Inch Nails, Goldfrapp ou même Soulwax devient pertinent : cette capacité à rendre la tension émotionnelle presque addictive.

'Love Impostor' évolue dans une dark pop élégante et presque minimaliste. Le morceau paraît moins frontal, presque sensuel dans sa manière de s'installer. Là où 'Afraid Of The Dark' fonctionnait beaucoup sur la montée progressive de la pression, 'Love Impostor' joue davantage sur les textures et les contrastes. Les nappes électroniques flottent comme des lumières artificielles dans un décor nocturne tandis que la basse conserve un rôle central dans la dynamique du morceau. La voix de Lucie Chaillan gagne ici en ambiguïté émotionnelle. Elle semble constamment naviguer entre distance glaciale et fragilité contenue.

L’un des aspects les plus intéressants du titre réside dans sa capacité à brouiller les frontières stylistiques. Sur le final, les textures électroniques deviennent plus abrasives, plus sales, plus industrielles. Le groupe maîtrise parfaitement ces bascules d’ambiance sans jamais casser la fluidité générale du morceau. Cette sensation permanente de déséquilibre donne toute sa personnalité au titre.

Puis arrive 'Kings Of Entropy', probablement le morceau le plus dance et le plus immersif de l’EP. Nanika y développe pleinement son goût pour les climats lourds et les montées progressives à la Propaganda. Le titre possède une dimension presque cinématographique. On imagine facilement des lumières stroboscopiques, des espaces industriels désertés ou des silhouettes perdues dans une ville nocturne saturée de néons. Les sonorités électroniques deviennent ici plus menaçantes, plus abrasives, tandis que la rythmique conserve cette précision froide qui caractérise l’ensemble du disque.

Le morceau impressionne particulièrement par sa gestion de la dynamique. Nanika comprend parfaitement qu’une musique sombre ne doit pas nécessairement être monolithique. Le groupe joue constamment sur les respirations, les silences relatifs, les variations de textures. Cette approche permet au morceau de rester vivant et imprévisible jusqu’à ses dernières secondes.

Au-delà des influences évidentes que certains pourront identifier, ''Fears'' donne surtout l’impression d’un groupe qui possède déjà sa propre grammaire sonore. Nanika ne cherche pas à reproduire mécaniquement les codes de l’electro rock ou de l’indus contemporain. Le trio construit plutôt un langage personnel où la pop devient progressivement contaminée par quelque chose de plus nerveux, de plus anxiogène, de plus instable.

''Fears'' ne sonne jamais comme un produit ultra-formaté. Il conserve une vraie rugosité émotionnelle, une sensation de tension permanente qui empêche l’auditeur de rester dans une écoute passive. Peu de jeunes groupes parviennent à installer un univers aussi cohérent dès leur première sortie. Nanika, lui, y arrive avec une facilité presque insolente.