NOTA: l’album présentement chroniqué a fait l’objet d’une première sortie en CD-streaming en décembre 2021. La sortie en vinyle de l’album ce 15 avril est l’occasion de se pencher plus en détail sur cette bombinette rock.
Ruben Claro, tête pensante du trio germanique qui nous intéresse ici, n’est pas à proprement parler un inconnu. Le bassiste a en effet précédemment exercé ses talents au sein de l’excellent ZODIAC, groupe qui a malheureusement décidé de mettre fin à son activité à l’issue de deux années de pandémie.
Le départ de Ruben Claro n’est cependant, et sauf erreur de la part de votre serviteur, pas motivé par ce contexte, puisqu’il a quitté ses camarades bien avant l’arrivée du COVID. Il faudrait plutôt chercher du côté d’une envie d’écouter ses envies musicales et de laisser parler ses goûts et influences.
Et il faut bien admettre, à l’écoute de ce premier album « Extravaganza », que l’on s’éloigne sensiblement du propos zodiacal, plutôt porté sur un classic Rock mâtiné de folk « Neil Youngien » (il n’est que de se pencher sur leur sublime reprise de « Cortez the Killer » pour se convaincre de leur maîtrise du sujet).
Car ici, priorité est donnée à une énergie plus brute de décoffrage, telle qu’on pourrait la trouver chez AUDIOSLAVE : du riff sans fioriture, direct, qui joue sur le rythme, des grilles d’accord relativement dépouillées (« Truth or Dare » constitue ici un cas d’école) . Le trio se démarque toutefois du quatuor américain par l’utilisation de sonorités plus twangy, colorées d’un overdrive assez léger qui privilégie l’attaque des cordes au détriment de saturations HENAURMES dont la tendance à gommer la dynamique n’est pas la moindre des caractéristiques.
Alors évidemment, ça ne tourne pas uniquement autour de ce que Chris Cornell (RIP) et les 3/4 de RATM ont pu produire. On n’est pas dans la parodie pure et simple, ni dans le plagiat. Il s’agit bien ici d’en tirer l’essence, l’énergie, tout en l’enrichissant d’autres influences qui renouvellent le genre et lui apportent un tantinet de fraîcheur.
On trouvera donc dans le désordre : un soupçon de Muse (« Breaking all Cages »), un doigt du Lenny Kravitz des débuts (celle du revival 70’s… »Lost and Found » est assez proche d’un « Let Love Rule » dans l’intention), du gros Rock US (« Old Man » pourrait évoquer un Guns & Roses version power ballad, en moins gnangnan…désolé pour les fans…), voire du blues-rock tendance Texas (le ZZ topien « Moving Doll », bien graisseux)
Puisqu’on parle de ballades, BBB sait varier son propos dans l’exercice. Outre le « Old Man » sus-cité, on notera « Fade », à l’atmosphère countrysante, ou « Sunday Afternoon », purement acoustique. Celles-ci sont judicieusement réparties sur l’album pour ne pas en plomber le mouvement d’ensemble tout en ménageant d’heureuses pauses.
On retiendra au final, en sus d’une production impeccable sentant bon le sable du désert, et luxuriante malgré les limites de la formule du trio –et par ailleurs assurée par le groupe lui-même, notez la performance !-, la cohérence d’ensemble d’un disque qui pourtant se montre versatile dans son discours. On se retrouve devant un roboratif (13 chansons tout de même) buffet à volonté, qui vous propose de tout, mais uniquement du meilleur. C’est varié, jamais ennuyeux, groovy à souhait et rentre-dedans juste là où il le faut.
Bref, c’est une petite pépite dont nous gratifient nos amis d’Outre-Rhin, un joli premier véritable opus (après l’EP « Water into Wine » sorti en 2019) qu’il serait bien dommage de négliger, et qui augure du meilleur pour la suite. Comme on dit chez les commerciaux : « Faut donner sa chance au produit ! ». Allez, zou ! Filez chez votre dealer de son sans vous poser de question !