Plus sombre et plus lourd que ''Keep Me Fed'', le cinquième album de The Warning impressionne par sa maîtrise, mais son vernis impeccable finit par brider la spontanéité du trio.
Monterrey, 2025 : après cinq années passées à avaler les kilomètres, Daniela, Paulina et Alejandra Villarreal Vélez s'accordent une pause et rentrent écrire à la maison. Le line-up n'a pas bougé et le producteur non plus : Anton DeLost, déjà aux manettes de ''Keep Me Fed'' en 2024, retrouve les trois soeurs pour ce cinquième album studio enregistré dans leur ville natale.
Entre-temps, un live capté à l'Auditorio Nacional de Mexico a refermé le chapitre précédent. Surtout, 'Kerosene', premier extrait dévoilé en mars, a propulsé The Warning en tête du classement rock des radios américaines, une première pour un groupe mexicain comme pour une formation entièrement féminine. Le duo aux accents country avec Carín León, sorti en février, reste en dehors du disque.
Le fil rouge de ce nouvel album tient dans le titre : la chute, l'échec, la pression de devoir paraître sans défaut. "L'échec est une nécessité", résume Paulina. En musique, ce vertige se traduit par un virage assumé. Le hard rock classique des débuts recule encore au profit d'un rock alternatif moderne et sombre, qui louche vers le métal alternatif et le nu-metal, avec des textures industrielles et quelques programmations. Douze titres, trente-neuf minutes, aucun morceau au-delà de quatre minutes : le format est serré, presque calibré.
Le versant le plus mordant est aussi le plus convaincant. 'Ritual' ouvre le bal sur un riff inconfortable, strié de touches industrielles, où Daniela contient sa voix avant de la libérer sur un refrain très mélodique. 'Bite My Tongue' greffe des accents pop inattendus sur une lourdeur héritée du nu-metal, porté par un refrain où la batterie de Paulina frappe particulièrement fort et par une rage qui vise juste.
'Bruises' pousse le curseur plus loin avec ses breakdowns de metal moderne et une basse franchement menaçante. Ponctué d'une cloche aussi incongrue qu'efficace, 'Kill Or Be Killed' rappelle l'époque de ''Error'' et se révèle un peu plus à chaque écoute. Chanté en espagnol, 'Ego' est sans doute le moment le plus métallique du lot : la langue change le phrasé, rend l'ensemble plus sec, moins prévisible, et c'est justement ce qui le fait sortir du rang.
La section rythmique tire souvent son épingle du jeu. 'Why Do You Like It When I Cry?' avance sur une basse tendue et un riff groovy qui renvoie directement à ''Keep Me Fed'', entre cris lâchés au détour d'un couplet et démarche taillée pour les ondes. 'Bloodsport' offre enfin à Alejandra l'espace qu'elle mérite : sa basse mène la danse, les voix scandent un refrain façon comptine détraquée, et un habillage moins chargé qu'ailleurs donne au morceau une vraie singularité. Relégué en fin de parcours, 'Kerosene' referme le disque sur une note plus joueuse, avec une basse qui roule des mécaniques, un soupçon d'électronique et une urgence proche du punk.
Côté respirations, le bilan est plus nuancé. 'Everything's Falling' démarre sur une guitare presque nue avant de gonfler jusqu'à un refrain ample, dans une veine sombre et retenue qui évoque Evanescence. 'Perfect Daughter' flirte avec le gothique, superpose les harmonies vocales et laisse traîner des choeurs plaintifs qui installent un malaise palpable. 'Break', ballade aux relents de grunge des années 90, touche d'autant plus que son arrangement reste simple et laisse le morceau respirer. Avec ses percussions programmées et son refrain qui explose, 'Waste Your Time On Me' tente un pas de côté plus pop, sans vraiment aller au bout de l'idée.
C'est là que le bât blesse. La production est d'une précision d'horloger : chaque coup de caisse claire tombe au millimètre, la basse occupe sa place, les guitares retravaillées passent du rouleau compresseur à la retenue sans accroc. Mais à force de tout polir, l'album finit par tourner en rond. Les morceaux suivent souvent le même patron, couplet contenu, pré-refrain qui prépare le terrain, refrain géant, et l'effet de surprise s'émousse au fil des plages.
Pas l'ombre d'un solo de guitare non plus, ce qui étonne chez une musicienne du calibre de Daniela, dont le chant n'a pourtant jamais paru aussi maîtrisé, même si le traitement studio lui ôte parfois la puissance brute qu'elle déploie en concert. Face à ''Keep Me Fed'', le disque gagne en noirceur et en poids, mais perd une partie de ces refrains à forte personnalité qui débordaient du cadre.
''Everything's Falling'' sonne comme l'oeuvre d'un groupe parvenu au bout d'une formule qu'il domine parfaitement. Plus lourd, plus sombre et plus cohérent que son prédécesseur, il aligne une poignée de titres redoutables, de 'Ritual' à 'Bloodsport' en passant par 'Ego' et 'Break', mais sa finition d'orfèvre le retient de prendre de vrais risques. Ironie pour un album consacré à l'échec : il ne manque à The Warning que d'oser se tromper. En attendant, ces trente-neuf minutes tiennent solidement la route.