''Everything I Ever Saw'' est probablement le meilleur disque du groupe depuis ''On The Impossible Past'' (2012), le disque de gens qui ont grandi, et qui en ont finalement quelque chose à dire.
Vingt ans. C'est le temps qu'il faut parfois pour commencer à voir clairement ce qu'on a vécu. Les Menzingers, eux, n'ont pas attendu si longtemps pour s'en apercevoir — mais c'est précisément à ce cap des deux décennies de carrière qu'''Everything I Ever Saw'' prend tout son sens. Huitième album du quatuor de Philadelphie, sorti le 17 juillet 2026 chez Epitaph, ce disque est le continuateur direct de ''Some Of It Was True'' (2023) — un album qui avait bien marché sans soulever les foules — mais avec quelque chose de plus concentré, de plus brûlant.
Côté line-up, aucun changement : Greg Barnett (chant, guitare), Tom May (chant, guitare, claviers), Eric Keen (basse) et Joe Godino (batterie) sont encore là, et cette stabilité compte. Comme pour 2017 avec ''After The Party'' et ''Hello Exile'' (2019), la production est assurée par Will Yip, désormais quasi-cinquième membre de la bande, capable de leur offrir ce son à la fois brut et méticuleusement construit qui les définit depuis des années.
Ce qui nourrit ''Everything I Ever Saw'', c'est une période riche en bouleversements : Barnett s'est marié et a eu son premier enfant ; May a traversé un divorce. Ces deux trajectoires inverses — une vie qui s'ouvre, une autre qui se referme et se réinvente — donnent au disque une tension émotionnelle permanente, un va-et-vient entre joie et douleur qui traverse les onze titres sans jamais forcer le trait. "On écrit toujours sur ce qui nous arrive," dit May avec la simplicité des gens qui font ça depuis suffisamment longtemps pour ne plus avoir besoin de justifier. Et ça s'entend.
'Chance Encounters' ouvre le bal comme mille rhinocéros — c'est la formule utilisée par May lui-même, et elle est juste. Le riff est épais, l'énergie immédiate, et les paroles de Barnett convoquent la magie des rencontres du hasard ("J'ai rencontré ma femme à 15 ans, dans une file d'attente pour un concert à Wilkes-Barre") avec une sincérité qui court-circuite tout cynisme.
'Better Angels' emprunte son titre au discours inaugural d'Abraham Lincoln et ses paroles au monde contemporain — appel à l'humanité dans un monde qui la perd de vue, porté par ce riff pop-punk irrésistible que le groupe maîtrise depuis ses débuts. 'Romanticism' et 'When She Enters My Dream's sont deux hymnes introspectifs qui fonctionnent moins sur la nostalgie que sur l'examen doux-amer du temps passé.
'The Fool', avec ses cuivres et son air légèrement bancal — que l'on peut comparer parfois involontairement au Steve Miller Band — est peut-être le seul moment du disque où la machine déraille légèrement. Mais 'Nobody's Heroes', co-écrit pour célébrer la solidarité du groupe autour de May lors de son divorce, est un moment de grâce punk, un hymne qui secoue.
'Gasoline & Matches', 'Breathe With Me' complètent un séquençage soigné qui ne souffre d'aucun remplissage véritable.
''Everything I Ever Saw'' est probablement le meilleur disque du groupe depuis ''On The Impossible Past'' (2012), le disque de gens qui ont grandi, et qui en ont finalement quelque chose à dire.