« Euprosopon », un album qui tire sa force de l'esprit unique d'O qui ne souffre d'aucune limite et se permet tout ce que sa créativité lui offre, mêlant musique et spiritualité
Deux ans après l'album « Heilig Land » et l'EP « Zon », Iskandr, projet solo du multi-instrumentiste et chanteur O, également guitariste des groupes Galg, Turia et Solar Temple et bassiste de Lubbert Das, nous propose un second album de quatre morceaux intitulé « Euprosopon » et que nous allons découvrir sans plus tarder.
Une lente et mystérieuse introduction de plus de deux minutes permet à Iskandr de planter un décor inquiétant mais plutôt apaisé, dans les brumes, vers lequel l'auditeur se dirige d'un pas doux, comme sous hypnose. Ces éléments mystiques se retrouvent tout au long de ‘Vlakte', premier morceau de cet album, entre mélodies lancinantes et hallucinations auditives. Le mixage met la voix en retrait mais l'engagement du chanteur est tel qu'on se force à prêter attention à sa litanie, d'abord screamée puis chantée. Cette errance musicale prend parfois des accents plus menaçants et la folie se devine sous la surface en apparence calme de ce titre. ‘Regnum' est plus imposant et théâtral, avec quelque chose qui évoque des influences Black Sympho, tout en conservant une âme musicale qui rappelle Primordial. Les guitares planent au dessus de nous, sombres oiseaux de proie annonçant des présages malfaisants. Un chant grave et ancestral fait ponctuellement son apparition. Plus la chanson avance, plus elle gagne en beauté et en force. Le résultat en live doit être saisissant tant l'investissement du musicien est palpable ! Sur la fin, une guitare acoustique mélancolique prend le dessus et nous élève vers un monde céleste.
Finalement, après ces deux morceaux plutôt contemplatifs, Iskandr nous plonge dans la tourmente de ‘Verban', bien plus torturé et chaotique que les précédents titres. Les guitares rugissent, la batterie se fait guerrière, la voix passe de scream démoniaque à du chant clair lancinant, la basse joue avec nos nerfs… O, musicien unique du groupe, signe ici un morceau de haute volée qui, après un démarrage qui n'a rien à envier aux plus grands hymnes du Black Metal, se déploie vers un horizon bien plus large où d'anciens Dieux côtoient des créatures oubliées. La ligne rythmique finit par s'intensifier et nous entraîner plus loin dans l'esprit complexe et riche du musicien. Le bruit du vent et de quelques clochettes nous accueillent sur la déroutante ‘Heriwalt'. Des sons d'outils métalliques se joignent à des cordes acoustiques, puis un choeur de voix masculines. Iskandr nous offre quelque chose de très progressif, de réfléchi et construit. Et en un clin d'oeil, ce morceau en apparence calme bascule dans un déchaînement de ténèbres qui s'empare de nous sans nous laisser la moindre chance.
« Euprosopon » est un album de Black de très bonne qualité qui a toute sa place dans les projets musicaux novateurs que cette scène connait depuis quelques années. Le projet tire sans doute sa force de l'esprit unique d'O qui ne souffre d'aucune limite et se permet tout ce que sa créativité lui offre, mêlant musique et spiritualité avec un engagement de chaque instant.