"Es Grauet" est une réussite totale, d'une ambition folle, immensément inspiré et immersif . Ungfell nous donne un des meilleurs album black de l'année.
Le duo suisse Ungfell est de retour en cette fin de mois d'avril avec son troisième album "Es grauet". Représentant le plus connu du Helvetic Underground Comittee, Ungfell nous conte les différentes légendes du folklore suisse.
Afin d'y voir un peu plus clair sur la thématique de l'album, j'ai essayé de traduire les titres de morceaux. Et par exemple, le premier titre "Es grauet überm Dorf" signifie "Le village des affreux" en Allemand ou encore que "Mord im Tobel" veut dire "Meutre à Tobel" et Tobel est un petit village au nord de la Suisse. Donc avec ces quelques informations, la pochette prend tout son sens, et on déduit que l'album nous conte les péripéties d'affreux personnages perdu dans un village en pleine campagne helvète.
Je ne sais pas si c'était le cas pour les deux albums précédents mais avec celui là, il est clair que le groupe nous embarque dans un récit épique et aux rebondissements nombreux, dommage que je ne puisse pas avoir les paroles afin d'y glaner plus d'informations. Du coup, c'est tout naturellement que l'affreux village se réveille en fanfare suite au glorieux chant matinal du coq qui ouvre le court "Es grauet überm Dorf". "Tyfels Antlitz" commence alors et tout le village se met en branle dans une entraînante cacophonie rendant compte de toute la folie et de la dangerosité de ses habitants. Vient alors l'heure du recueillement qui commence sur "D Schwarzamslä", recueillement qui fait suite au meurtre décrit dans le plus mélancolique "Mord im Tobel". Meurtre qui vient encore plus perturber le village. La traque folle commence alors avec "S Chnochelied", le doute empli le village, les accusations fallacieuses pleuvent et le saccage du village est inévitable. L'enquête se résout sur "Stossgebätt" et le meurtrier n'était autre que la créature feuillue (que l'on peut apercevoir dans le coin haut droit de la pochette) qui s'était grimé en un habitant du village. Suite à cette arrestation, sur "D Unheilspfaffä vom Heinzäbärg" le village prend conscience de toutes les horreurs commises suite au meurtre, le village est à feu et à sang, plus aucun bâtiment n'est reconnaissable, l'église du village est en ruine. La seule solution pour mettre fin à cela est de se recueillir. C'est d'ailleurs sur "D Unheilspfaffä vom Heinzäbärg", que nous avons un des passages les plus prenants de l'album, le break qui fait suite au « Ave Maria » qui est d'une rare intensité et d'une cohérence totale avec les événements que le village à vécu. Enfin "S Fälsebräche" commence, l'album se conclut lorsque le calme est revenu malgré le chaos apparent.
Avec cet album, Ungfell fait une nouvelle fois démonstration de tout son savoir-faire pour nous proposer un album très abouti, aux morceaux marquants et très mélodieux tout en restant dans la tradition black la plus rigoureuse possible. Le riffing est toujours aussi bon et varié dont l'inspiration musicale principale qu'est Peste Noire (K.P.N.) n'aurai renié (ATTENTION, l'inspiration est purement musicale et rien de plus!). Le solo de "S Chnochelied" est vraiment caractéristique de son à la Peste Noire par exemple. L'autre grande richesse de Ungfell est sa capacité à mêler son black metal mélodique à des parties folkloriques toujours très bien senties et qui ne prennent aucunement le pas sur le reste de la musique. De plus, à aucun moment ces passages tombent dans la surenchère inutile. D'ailleurs, le totalement folk "Stossgebätt", nous gratifie d'un moment de grâce particulièrement intense et touchant.
Nombreux sont les samples sonores venant renforcer l'immersion dans l'album et appuyer l'histoire de ce village d'affreux. Que ce soit un coq, une scène de vie commune, une fête de village ou bien la messe, la vie de ce village est crédible. En plus de ces samples viennent se greffer les multiples chants, qu'ils soient simple, doublés ou à l'unisson, ces chants donnent corps et vie à l'album. Et si voulez suivre au mieux le récit, chaque morceau est magnifiquement illustré vous donnant plusieurs éléments de compréhension.
Pour la conclusion, je vais être rapide. Ungfell nous gratifie d'un des meilleurs albums de black metal de l'année. "Es Grauet" est d'une ambition folle, immensément inspiré et immersif. Bref, cet album est une réussite en tout point, musicalement comme esthétiquement.