Après un premier EP sorti en 2019 ayant permis à Wegferend de se faire connaître auprès des amateurs de Dark Folk en parcourant les scènes de France, la formation nous revient avec l’album ''En Autremonde - Chapitre Second''. Nous retrouvons Alexia Cazaméa au chant et à la flûte à bec, Thomas Boissier aux percussions, aux flûtes irlandaises, au chant, à la mandole et Manon Cazaméa à la guitare folk, à la guitare classique et également au chant et à la mandole. Les invités sont au nombre de deux : Jeff Grimal à la guitare et Pierre Burette au violoncelle – qui avait joué sur le morceau “Celia” de l’EP.
À l’écoute de l’album, l’EP se rappelle à nous. ''En Autremonde - Chapitre Premier'', composé de seulement quatre morceaux, avait d’ores et déjà mis en évidence la capacité du groupe à jouer sur plusieurs tableaux musicaux ; et l’album en est une nouvelle preuve manifeste. Mais la familiarité des deux pièces est bien loin de se confiner à un arrière-goût aigre-doux de ''déjà-vu''. Ne serait-ce qu’en termes de production, le trio a changé de studio d’enregistrement : l’EP l’avait été au Studio et l’Imprimerie, mixé par Serge Faubert tandis que l’album l’a été au Studio Silent Ruins. Le travail de mixage de Fred Blanchard associé au mastering de Laurent Marc leur a permis d’obtenir un son plus musclé, moins poli, plus en accord avec la vision qu’ils ont aujourd’hui de leur musique.
Les morceaux d’''En Autremonde - Chapitre Second'' se plaisent à explorer des univers musicaux différents à la faveur d’un fort métissage culturel – exemplairement pendant ses deux premiers morceaux. L’ouverture baptisée 'Gedim' fait poindre ''Padmasambhava'' de l’EP comme une réminiscence. Le seul jeu de Manon à la guitare donne vie à un imaginaire oriental, appuyé par la darbouka de Thomas. Alexia se joint à l’oeuvre du duo avec des paroles écrites en français, inspirées d’un mythe araméen. A contrario, le texte du morceau suivant 'Holy Ghost', écrit en anglais, prend pour personnage un moine italien - sans évocation orientale aucune. Le tempo est plus rapide, la flûte à bec nous transporte dans un univers tout-à-fait sylvestre et la puissance du tambour basse à double peau animale de Thomas contraste avec la légèreté des percussions utilisées dans 'Gedim'.
L’album témoigne de l’adresse des musiciens à nous proposer des pièces tantôt longues et copieuses, tantôt plus courtes et quiètes ; sans jamais miner la cohérence de l’ensemble. Les nombreux réarrangements de 'The Wayfarer' en font un riche morceau de presque dix minutes, une longue montée en puissance diurne à qui succède 'Druide'. Un morceau plus bref où la guitare de Jeff Grimal et celle de Manon commandent le dessin d’un paysage nocturne, comme le premier instant de bascule vers un visage de l’album plus strié par la noirceur. La pièce maîtresse de cette deuxième partie, 'Jos L’Uelh de la Breissa' ('Sous l’Œil de la Sorcière') est entourée de deux morceaux instrumentaux, 'Lost In Reveries' et 'En Autremonde'. Thomas y déclame un texte en occitan, écrit de sa main. Le crescendo du morceau et le recours au chant hurlé laissent entrevoir un versant plus extrême de leur musique. Son final plus rayonnant, porté par le chant d’Alexia ne fait pas sombrer cette fin d’album dans le lieu-commun d’une catharsis prompte à évacuer toute chose incurable. Nonobstant, la gravité du violoncelle de Pierre Burette qui imprègne de part en part le morceau de clôture 'En Autremonde' reste à l’écart d’une chute cavalière dans des abysses irréconciliables, mais se distille lentement comme des gouttes de ciguë.
''En Autremonde – Chapitre Second'' est construit autour d’instruments évocateurs et traversé par un écho dont le sens s’éclaircit à mesure que les écoutes se multiplient – par exemple en se rappelant de 'The Wayfarer' à l’écoute d’'En Autremonde' ou de 'Druide' à l’écoute de 'Jos L’Uelh de la Breissa'. Le seul titre de l’album en fait la suite logique de l’EP, mais les compositions et la production nous font entendre qu’une étape a été franchie. L’histoire de l’Autremonde est clos avec assurance et l’horizon de Wegferend n’en est que plus radieux.