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Emulations

ALDO
Journaliste

Blue Heron

Héron, petit patapon...
8 titres
Desert Rock
Durée : 41 minutes
Sorti le 10/10/2025
602 vues

Blue Heron, en choisissant son blaze, a-t-il pour objectif de concurrencer Pink Floyd ? Rien n’est moins sûr…

Déjà, les anglophones savent que le terme désignant les flamants roses n’est pas celui-ci, mais « flamingo ». « Pink Floyd » est en fait la mise en commun des patronymes de deux bluesmen dont ils étaient fan.
Par ailleurs, et même si certains passages « planants » (notez les guillemets) le laissent à penser, les natifs d’Albuquerque ne produisent pas une musique aussi aérienne que celle des rosbifs. Le Nouveau-Mexique étant un des états les plus désertiques des Etats-Unis, on ne s’étonnera pas que les hérons bleus produisent une musique plus influencée par la chaleur lourde et sèche de leur patelin.

Et de fait, des l’entame de l’album, c’est un fuzz épaisse et collante qui vous saute aux oreilles. Tellement poussée que même la batterie frôle la saturation. Ca vous écrase et ça vous tape sur le crâne, d’autant que les riffs vous font tourner la tête. C’est du Stoner dans ce qu’il a de plus lourd et visqueux.

Le tour de force des néo-mexicains (si tant est que l’adjectif existe…) est de charger en lourdeur des morceaux qui l’étaient déjà à l’origine.
Car en effet, trois des chansons de l’album sont en fait des reprises.
« Grey » est à l’origine une chanson des britanniques de Fudge Tunnel, groupe à la carrière éphémère, qui sonne à la base plutôt grunge.
« The House that Peterbilt” est quant à lui issu du catalogue de Clutch.
Enfin, « Find Away » est l’oeuvre des collègues floridiens de Floor.
Les trois morceaux sont passés à la moulinette d’Albuquerque, et le fait est que Blue Heron s’y entend pour s’approprier les titres, et en bonus se démarquer des originaux – même si, proximité de style oblige, c’est moins flagrant avec le troisième titre.
Seul morceau écrit par le groupe, « Marigold » attrape l’auditeur avec un riff hypnotique et lascif au possible. Le rythme prend aux tripes et incite à secouer tranquillement du chef. Du pur Desert Rock efficace et trippant…

Le groupe propose ensuite quatre titres originaux issus d’une session live enregistrée pour la station de radio US KUNM.
« Everything fades » est un monstre de grunge pantagruelique, à la fois sec comme un coup de trique et gras comme un cochon. Jadd Schikler affiche en la circonstance une proximité vocale avec Phil Anselmo.
« Day of the Comet » en rajoute dans la pesanteur avec un riff typiquement Doom.
« Futurola “ sonne comme du Black Sabbath qui aurait embauché Axl Rose au micro, et laissé un môme pousser tous les potards de la console lors de l’enregistrment, tellement le son est sale.
« Swansong” est quant à lui un piège, car il n’y a rien de plus éloigné de la grâce du cygne que ce morceau à la légèreté d’un parpaing, et à la fraîcheur d’un frigo débranché en plein milieu de la Vallée de la Mort.

Bref, Blue Heron produit une musique à l’image de son environnement : brûlant, sec et par voie de conséquence assommant. Ajoutez à cela une tendance à piquer chez les autres plutôt qu’à proposer du matériel neuf, et vous obtenez un album clivant : brillant dans l’exécution et la puissance, mais pas forcément séduisant pour qui a des difficultés avec les choses plutôt copieuses.