Menu principal
Accueil(current) News Live Reports Interviews The Wall Chroniques Groupes Concerts

Empowered Emotions

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

GARY JOHN BARDEN

Quinze ans après son dernier album solo, Barden ne rejoue pas sa jeunesse : il chante avec la voix qui lui reste, magnifiquement mise en valeur par Michael Voss, et signe un très bon disque de hard rock mélodique.
12 titres
Durée : 42 minutes
Sorti le 18/09/2026
46 vues
Que vient chercher un chanteur de soixante et onze ans installé à Bangkok, quinze ans après son dernier disque solo ? Pas un retour en fanfare, et c'est précisément ce qui rend ''Empowered Emotions'' attachant. Successeur de ''Eleventh Hour'', paru en 2011, l'album ne cherche pas à rattraper l'intervalle : il prend acte du temps passé et s'en sert. Ces dernières années, Gary John Barden s'était surtout fait entendre au sein du Michael Schenker Fest, où il partageait le micro avec d'autres anciens de la maison.

Ce disque célèbre en réalité autre chose : vingt-cinq ans de compagnonnage avec Michael Voss, rencontré au tournant du siècle dans Silver. L'Allemand tient ici les guitares, la basse, les claviers et les chœurs, produit l'ensemble, et ne laisse que la batterie à Gereon Homann. Barden parle d'"un travail d'amour du début à la fin". La liste d'invités aurait pu virer à la parade : Michael Schenker, Don Airey, Tommy Denander, Barry Sparks, Brian Tichy, Alen Brentini. Aucun ne vient tirer la couverture à lui, et c'est tout à l'honneur du disque.

Le vrai coup de maître tient dans une décision de producteur : écrire pour la voix d'aujourd'hui, pas pour celle de 1981. Le timbre s'est assombri, il a pris du grain et quelques aspérités, mais Voss taille les mélodies juste à la bonne hauteur, si bien que rien ne force jamais et que chaque ligne tombe dans le registre où Barden est le plus juste. Le résultat sonne ample sans excès de vernis : batterie sèche, guitares posées un demi-pas en retrait du chant, de l'espace laissé aux respirations. Parti pris modeste et payant, qui évite au disque les deux pièges habituels de l'exercice, le rajeunissement numérique et la reconstitution muséale.

Côté rentre-dedans, 'Hit The Ground Running' fait mouche avec un riff carré et un refrain qui s'accroche dès la deuxième écoute, taillé pour la scène. 'This Phoenix's Gonna Burn Ya' déroule un groove blues rock bonhomme, presque narquois, et rappelle à quel point ce chanteur est à l'aise quand il n'a rien à démontrer. Plus ambitieux, 'Ride Horsemen Ride' pousse la guitare vers l'agressivité et assume une imagerie apocalyptique sur cinq minutes et demie. Quant à 'Maasai Enkai', qui ouvre réellement l'album après une courte introduction, il accroche des percussions d'inspiration africaine à un hard rock parfaitement orthodoxe : Barden y chante posé, sans chercher à couvrir la guitare de Tommy Denander, et l'alliage fonctionne mieux qu'on ne l'aurait parié.

Le cœur du disque bat pourtant dans ses zones sombres, et c'est là qu'il devient vraiment beau. 'Dark Water' en est le sommet sans discussion : thème de la perte, production resserrée qui refuse d'en rajouter, montée lente, et un solo de Michael Schenker qui s'intègre au morceau au lieu de s'y inviter. On y entend enfin ce que l'album cherchait depuis le début, une émotion sans mise en scène. Le titre-piste joue la carte du panorama, avec une ouverture atmosphérique, des nappes de Don Airey qui apportent de l'ampleur et un Barden franchement théâtral, exploitant chaque fêlure de son timbre. 'Walk Away' referme ce versant grave sur une frappe nette de Brian Tichy et un chant dépouillé, sans artifice, qui vaut mieux que bien des démonstrations.

Tout n'est pas de ce niveau, et l'album ne prétend pas le contraire. 'Burning Wind' tient sa place dans la séquence sans marquer les esprits, et 'The Ruling Class' a le propos plus affûté que le refrain. Sur douze titres annoncés, trois relèvent de l'interlude : l'ouverture instrumentale, la parenthèse acoustique 'Let The Children Play' et l'épilogue 'We'll Meet Again', touchant mais minuscule. Cela ramène le disque à neuf véritables chansons pour quarante et une minutes, un format court qui a ses vertus : il interdit la dilution et se réécoute sans fatigue.

Il n'y a aucune revanche là-dedans, aucune tentative de rappeler qui tenait le micro sur les premiers Michael Schenker Group. Juste un vétéran qui connaît l'étendue exacte de ses moyens, un complice qui écrit pile dedans, et une poignée de chansons — 'Dark Water' en tête, mais aussi 'Walk Away', le titre-piste et 'Hit The Ground Running' — qui méritent beaucoup plus qu'une écoute polie. Ceux qui attendaient la voix de 1981 devront faire le deuil de sa clarté d'alors ; ceux qui aiment entendre un chanteur vieillir avec élégance, et un producteur le mettre en valeur plutôt que le maquiller, tiennent là un très bon disque de hard rock mélodique.