Antares Bauglir Journaliste ![]() | The Effigy Journaliste ![]() |
La Chronique de Antares Bauglir
Le génial Devin Townsend revient en cette année 2019 avec « Empath », son nouvel album au concept singulier (ce qui est souvent le cas dans sa discographie).
Est-il nécéssaire de présenter ce musicien prolifique ? Vingt cinq années de carrière, de Strapping Young Lad au concept album « Ziltoid The Omniscient », en passant par divers collaborations que ce soit musicale avec notamment Paradise Lost ou encore Gojira ou en tant que producteur avec entre autre Soilwork et surtout une carrière solo consistante, marquant le gout du canadien pour la liberté de faire ce quʼil veut (rappelons quʼil a décliné lʼoffre de rejoindre le lineup de Judas Priest à ses débuts) sans pour autant faire nʼimporte quoi.
Souvent classé dans la catégorie metal progressif, Townsend prouve avec chacun de ses opus quʼil est bien plus que cela, voire au dessus de toutes classifications, tout en sachant rester humble. Sa connaissance et dextérité musicale alliée à son imagination débordante lui font pondre des albums que lʼon peut très sérieusement considérer comme étant complètement barrés, à écouter dans leur entièreté et qui réussissent à mettre absolument tout le monde dʼaccord, que ce soit les metalheads de tous bords mais également les amateurs de musiques les plus chevronné, venant piocher dans divers styles comme la musique Classique ou encore le Jazz. Townsend explique dʼailleurs se servir des différents styles musicaux comme les différentes couleurs dʼune palette quʼil mélange a son grès pour aboutir au résultat que nous avons sur les oreilles. Ce nʼest dʼailleurs pas un hasard si son nouvel opus se nomme « Empath », puisque cʼest une véritable absorption de toutes les musiques quʼil nous sert ici.
« Empath » contient 10 pistes pour une durée totale de 64 minutes et sort le 29 mars via Inside Out Music. Un premier clip est sorti début mars pour le titre « Genesis » et donne une bonne idée de lʼesprit qui règne sur cette galette : des explosions, des chats, une complexité merveilleuse et pléthore dʼunivers à explorer. Comme nous lʼavons dit, Townsend aime mélanger différents styles musicaux, ce qui est bien sur le cas ici. Pour cela, il sʼest rapproché de différents musiciens, tous excellant dans leur style respectif. Ainsi, à la batterie, nous retrouvons Morgan Agren (Mats & Morgan, Frank Zappa) pour les parties jazzy et calmes, Anup Sastry (Monuments, Peryphery) pour les moments metal progressif et Samus Paulicelli (Decrepit Birth) pour la barbarie metal qui cogne.
De même, pour le chant, nous retrouvons (entres autres) Anneke Van Giersbergen sur le brutal ‘Hear Meʼ et sur ‘Singularityʼ et Elektra Womenʼs Choir sur les passages plus classiques. Lʼalbum a été enregistré au Monnow Valley Studios, en plein Pays de Galles, ou Queen et Black Sabbath sont notamment passé.
Empath réunit donc la substantifique moelle musicale, un super condensé qui, dʼaprès Devin Townsend lʼa littéralement vidé de sa créativité (notre interview est à écouter sur United Rock Nation ici : https://www.unitedrocknations.com/interviews-devin-townsend-project-devin-townsend-interview-promo-pour-lasortie-de-empath-698) !
Cependant, nʼallez pas croire que le chaos règne au sein dʼEmpath, car tout est savamment orchestré au millimètre près, ce qui, dʼaprès le canadien a été une source de stress importante pour un accouchement dʼun an et demi. Nous vous attendez pas non plus à la même recette que sur ses présentes album, il mène son cheminement encore plus loin, tout en restant consistant par rapport à son travail passé.
A la première écoute de la galette, lʼimpression est celle dʼune longue histoire, tantôt épique, tantôt plus nostalgique, avec un coté très opéra grandiose et des variations musicales allant du Death le plus brutal (‘Hear Meʼ) au reggae (‘Borderlandsʼ), en passant par la musique Classique (‘Spriteʼ, ‘Why?ʼ, ‘Requiemʼ) et des éléments empruntés au Jazz (‘Hear Meʼ, ‘Borderlandsʼ), le tout dans un seul et même titre. Et il est vrai que ‘Genesisʼ, premier extrait, est une belle illustration de ce cela. On y retrouve du Metal progressif, du Death, de la Disco de la musique caribéenne et même, point culminant du morceau, des samples de véritables miaulements de chatons sur une plage, petite surprise rafraichissante. Si avec ça vous nʼêtes pas convaincu, je ne peux plus rien pour vous. ‘Singularityʼ, morceau de clôture, est également une belle illustration, se déroulant en six actes sur vingt trois minutes, passant du classique au metal, au free jazz, à la synthpop et jʼen passe et par une palette dʼémotions très vaste, tantôt optimiste, tantôt plus épique, parfois nostalgique ou encore brutale. Un point dʼorgue réussit.
Ce mélange de différents style permet de contraster les compositions et donc dʼatteindre des intensités musicale absolument incroyables. Un bon exemple (outre ‘Genesisʼ) est ‘Borderlandsʼ, débutant de manière tranquille et décontractée et sʼintensifiant le temps du refrain. Lʼeffet est également le même à lʼéchelle de lʼalbum ou une histoire se déroule sous nos yeux (ou plutôt dans nos oreilles), avec une naissance explosive sur ‘Genesisʼ et une fin plus calme avec ‘Requiemʼ, mené par le sublime choeur Elektra ou la musique classique est prépondérante.
« Empath » donne souvent lʼimpression dʼêtre composé comme la bande originale dʼun très grand film qui nʼexiste pas encore (ou peut être dans la tête de Townsend). Cʼest un album complexe, dense, titanesque, protéiforme, ou aucune piste ne ressemble à la suivante et ou la découverte de cet univers surprend jusquʼà la dernière minute et même après plusieurs écoutes. Devin Townsend prouve encore une fois son génie mais aussi quʼil est lʼun des musiciens -tout style confondu- les plus talentueux et doué de notre époque.
Tout est extrêmement mesuré et pondéré, sans pour autant être poussif ni laisser une impression chaotique et redondante. « Empath » amène la musique dans une toute nouvelle dimension.
La Chronique de The Effigy
Depuis la dissolution du DTP, Devin n'a pas été avare en information sur les réseaux sociaux par l'entremise de son compte Twitter. Son travail sur l'album, ses états d'esprit et un constant besoin d'expliquer sa position humaine et musicale à un moment x ont participé à l'impatience des fans de découvrir cette nouvelle étape de sa carrière. Ceux qui connaissent Devin depuis longtemps ne sont point surpris par ses constantes remises en questions. Devin ne se sent bien que libre et pas nécessairement quand il a du succès. Strapping Young Lad avait beau être plébiscité, cela ne l'a pas empêché d'y mettre un terme parce qu'il voulait, artistiquement parlant, s'ouvrir à d'autres horizons.
Le DTP lui avait dernièrement considérablement augmenté le nombre de fans. Mais qu'importe, ses aspirations étaient déjà ailleurs. Au fil des albums, nous remarquons l'étendue considérable de ses envies. Entre The Hummer, Casualties Of Cool, Addicted ou Ziltoïd , il y a un monde de différence. Malgré tout, il reste la cohérence de cette production particulière qui lui est propre, il y a cette voix inimitable, son humour déjanté. Et tout ça pouvait cette fois être traité différemment. Car si Devin est tout ça à la fois, pourquoi donc se découper par style en album ? Pourquoi ne pas laisser cette inspiration diversifiée s'exprimer en un bloc ? Sans séparation aucune. Bref, pourquoi ne pas dévoiler tout son être musical dans chaque titre composé ?
Voici donc la réponse définitive, le dévoilement de son être, de sa pensée, de sa technique musicale et productrice. Empath est l'album qui contient le plus grand nombre de participants, et pas des moindres. Nous retrouvons les déjà habitués à son univers que sont Ché, Anneke, Steve Vai, Zim, etc.. ainsi que d'autres tel Anup, Morgan, Samus pour la batterie. Elliot, L'Elektra choir, Chad Kroeger, etc.. pour les voix et bien d'autres encore pour les instruments additionnels.
Si « Castaway » ne semble pas être un titre en lui-même, il est l'introduction parfaite d'un album qui a tout d' une attraction à émotion forte, cette entrée en matière nous amène tant sur une plage de cocotier que face aux portes du paradis. L'enchaînement sur « Genesis » est la première du grand huit qui s'annonce. Le titre sortit comme premier single résume le travail de Devin depuis des décennies. Toutes les possibilités musicales y passent, électro, metal, reggae, pop, ambiant. Il y en a tellement que nous sommes confronté à l'innombrable. L'auditeur lambda aura du mal à intégré le fait qu'autant d'éléments peuvent se mélanger. Et pourtant c'est bien le cas, comme ça le sera tout au long de cet album, surtout avec des titres comme « Evermore » ou « Hear Me ».
Devin offre malgré tout un titre assez convenu de sa part avec « Spirits Will Collide » Mais convenu ne veut pas dire banal quand on est chez Devin. Le titre est juste dans un trip que l'on retrouvait déjà dans les derniers DTP. Le genre de morceau qui touche l'âme par sa pureté et sa bienveillance. La comédie musicale est revisitée avec un « Why » qui surprendra l'amateur d'opéra lors des grunts disséminés ça et là. « Sprite » et « Requiem » seront là pour calmer les esprits entre deux prises de tête auditive. Mais le gros morceau est bien entendu ce titre final qu' est « Singularity ». Découpé en six chapitres, il est le voyage ultime, chaque partie explorant une ambiance différente mais totalement logique dans ses suites. Devin réussi le pari de rendre cohérent l'improbable.
Cet album ne sera pas à mettre entre toute les mains. Il faudra une ouverture d'esprit, une appréciation plus musicale que metal, une envie de se forcer un peu pour découvrir la beauté de l'oeuvre. Nous pouvons même dire de ce chef d' oeuvre. Il n'est pas certain que tout les fans de la dernière heure sachent appréhender facilement cette nouvelle offrande. Mais qu'importe, jamais Devin ne s'est dévoilé à ce point là, et jamais il n'a offert un travail aussi abouti. Que l'on aime ou pas les compositions, il est un fait à admettre ; réussir à produire un album d'une telle diversité et aussi complexe en le rendant totalement cohérent mérite toute notre admiration. Pour notre part avouons le, nous admirons l'entièreté, que ce soit la composition ou le travail de production. Un seul mot d'ordre dans ce cas ; procurez-vous cet album et apprivoisez le ! Vous en ressortirez différent à tout les coups.
