Quarante-deux ans. C'est l'âge qu'Armored Saint allait fêter quand ''Emotion Factory Reset'' est sorti — leur neuvième album studio, quatrième depuis la reformation effective de 2006, et troisième à sortir dans l'ère post-''Punching the Sky''. Ce dernier, paru en 2020, avait été une véritable bombe : acclamé comme l'un des meilleurs de leur carrière, il était apparu comme le genre de disque tardif qui redéfinit une discographie. La barre était haute. Joey Vera, bassiste et co-compositeur, l'avouait lui-même en annonçant le nouveau disque : chaque album d'Armored Saint est une nouvelle peau, un instantané d'une époque. Et cette époque-là, en 2026, a la sienne.
La formation reste intacte — ce qui, après plus de quarante ans, relève presque du prodige : John Bush au chant, Jeff Duncan et Phil Sandoval aux guitares, Joey Vera à la basse, Gonzo Sandoval à la batterie. C'est cette stabilité qui permet à ''Emotion Factory Reset'' de sonner aussi naturel, aussi organique. Pas de rupture, pas de changement de peau radical — et pourtant, quelque chose a changé. Le disque est légèrement plus calme que son prédécesseur, moins frénétique dans ses tempos, davantage ancré dans ce heavy metal classique et mélodique que le groupe pratique avec une élégance souveraine.
'Close to the Bone' ouvre les hostilités comme une porte enfoncée — Bush y est impressionnant de vitalité, sa voix évoluant toujours comme un câble sous tension, et le riff de Duncan et Sandoval dessine le territoire d'emblée : du métal costaud, direct, sans ornement superflu.
La paire 'Every Man – Any Man' s'inscrit dans un registre légèrement plus grunge dans l'esprit, presque mutin, Bush y prenant des libertés dans les mélodies. 'Not on Your Life' est une invitation pure à sortir la guitare imaginaire au fond du salon, avec un solo qui fait ce qu'un bon solo de métal est censé faire — frapper vite et repartir proprement. 'Hit a Moonshot', favori déclaré du groupe, cogne avec cette énergie qui rappelle pourquoi Armored Saint a toujours été une entité à part dans le paysage du heavy metal américain.
La seconde moitié du disque confirme la promesse sans jamais flancher. 'Buckeye' ralentit le tempo pour laisser parler les textes, là où Bush excelle dans la nuance. 'Throwing Caution to the Wind' dégage un groove presque irrésistible, 'Ladders and Slides' met son accent sur le groove typique des années 90 tout comme 'Bottom Feeder' et son énergie punchy qui force à relever la tête.
''Emotion Factory Reset'' n'est pas ''Punching the Sky''. Il n'en a ni la foudre ni l'urgence. Mais il n'essaie pas de l'être — et c'est précisément ce qui en fait un grand disque d'Armored Saint plutôt qu'un simulacre de son prédécesseur. Ces hommes savent qui ils sont. Et ça s'entend à chaque mesure.