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Embers

ALDO
Journaliste

God Is An Astronaut

« Embers » vous fera vivre de beaux moments, et vous permettra peut-être de vérifier si Dieu est bien astronaute.
9 titres
Space Rock
Durée : 57
Sorti le 06/09/2024
1094 vues

Le Post rock, c’est un peu comme les fricadelles : tout le monde connaît, tout le monde aime, mais personne sait ce qu’il y a dedans.
Bon, le trait est exagéré, car il n’est que d’aller fouiner sur certaines chaînes Youtube (telle l’excellente « Where Postrock dwells ») pour se faire une idée de la chose : des pièces majoritairement instrumentales, plutôt mid-tempo, voire low-tempo, jamais au format radio (on n’hésite pas à copier les copains progueux en pondant des morceaux de 8 à 10 minutes), des sonorités travaillées noyées sous des tonnes de réverb et autre delays (du pain béni pour les fabricants de pédales d’effet pour guitares), au bénéfice d’arpèges délicats mis en contraste avec des riffs gorgés de disto-fuzz. En résumé : du rock prog, de l’ambient, du space rock, mélangés dans un grand gloubiboulga.

Sur le coup -et particulièrement après une sale journée – quel que soit l’artiste, l’écoute d’un album dans le style vous fait l’effet d’un bain chaud relaxant : on se laisse doucement porter par les atmosphères cotonneuses développées. C’est apaisant, par contre la recette est tellement exploitée qu’il est parfois difficile de distinguer les artistes entre eux.

Alors évidemment, lorsqu’on creuse des formations fondatrices comme Mogwaï (une référence, qui -c’est un comble- refuse toute affiliation au mouvement) ou Talk Talk (époque « Spirit of Eden »), on trouve un peu de singularité dans la démarche (mais bon, quand on tape du côté des défricheurs, c’est assez logique). Aussi pour la sortie d’un album, se demande-t-on si l’on va tomber sur une pépite…ou sur une quasi photocopie de la pléthore de disques déjà proposés.

C’est exactement la question qui se pose pour la dernière livraison des irlandais de God Is An Astronaut : « Embers ».

Il y a de fait à boire et à manger dans ce nouvel opus. Les « cas d’école » couvrant stricto sensu la définition faite en début d’article seront représentés par les classiques et introductifs « Apparition » et « Falling Leaves », ou encore le très cinématographique et poignant « Realms » (attention, chef-d’œuvre !).

On trouvera de ci, de là une pointe d’orientalisme dans les ornementations (le sitar de « Odyssey »). Les irlandais savent parfois muscler le propos à coup de distortion (l’abrasif « Oscillation » frôlant le postcore de Cult of Luna, mais également la conclusion bruitiste d’ « Embers »), ou bien faire un as de côté vers le trip hop (« Prism », la conclusion de « Heart of Roots »)

Surtout, l’on est frappé par quelques traits suggérant furieusement Marillion dans son incarnation la plus actuelle : que ce soit dans l’écriture du magnifique (quoiqu’un tantinet classique) « Hourglass », ou les arpèges noyés d’effet Leslie de « Odyssey » (tiens…Steve Rothery, que faites-vous ici ?), les traits de pianos de « Heart of Roots » (Tiens…un sosie de Mark Kelly).

« Embers », la pièce centrale de l’album (plus de neufs minutes) vient quant à lui mettre en évidence l’influence du Krautrock sur le travail du groupe, par l’intervention récurrente de synthétiseurs analogiques (« Autobahn » ?).

Mis bout à bout, tous ces éléments pourraient introduire l’idée que l’on a affaire à un grand album. Toutefois, après quelques écoutes qui balayent quoi qu’il en soit toute crainte d’une quelconque lassitude, il manque de ce débordement d’émotion qu’on s’attend à vivre, l’étincelle qui fait la différence entre un excellent album et un chef-d’œuvre. La faute sans doute, à une intensité un tantinet en dessous de la moyenne, et ce classicisme relativement présent dans les compositions. Malgré ces quelques faiblesses, « Embers » vous fera vivre de beaux moments, et vous permettra peut-être de vérifier si Dieu est bien astronaute.