La fièvre onirique, ça ne se planifie pas. Ça arrive un soir, quelque part entre deux accords de guitare dans un studio de Stockholm, et ça ne lâche plus. C'est exactement ce que raconte ''Drömfeber'', premier album du trio suédois Svindel, sorti en juillet 2026 chez Ripple Music — le label qui a l'oreille fine pour tout ce qui lorgne vers les années 70 avec une sincérité désarmante.
Jan Lindblad (chant, guitare), Johannes Braf (batterie, percussions, chœurs) et Daniel Forsberg (basse) se sont formés en 2022 et ont depuis pas mal rôdé leur live, passant par les scènes suédoises et les ondes de la radio nationale avant d'enregistrer ce disque entièrement en live sur un seul week-end à Stockholm. Une prise de risque qui dit tout sur leur façon d'aborder la musique : pas de surproduction, pas de filet de sécurité, juste trois musiciens qui jouent comme si ça comptait vraiment.
''Drömfeber'' — "fièvre des rêves" en suédois — porte bien son titre. L'album dépeint un état d'esprit particulier : celui où le désir de quelque chose de grand déborde les limites de la raison, alternant exaltation et mélancolie. Et musicalement, Svindel traduit ça avec une précision étonnante pour un premier effort. Leurs influences déclarées — les Electric Prunes, Hendrix — ne sont jamais copiées, elles sont digérées, transformées, et injectées dans un son qui intègre aussi du jazz, du blues et du rock dans une alchimie à la fois vintage et singulière. La Fnac le compare à Deep Purple, Gin Lady et Troubled Horses — ce qui dit quelque chose sur l'ambition de la chose.
L'album s'ouvre avec 'Jupiterbarn', deuxième single extrait du disque, qui plante immédiatement le décor : une légèreté solaire en surface, une densité groovy en dessous, et cette impression que le groupe improvise tout en maîtrisant parfaitement chaque mesure. La chanson titre 'Drömfeber', premier single dévoilé, est probablement la pièce maîtresse du disque — un mid-tempo hypnotique qui monte progressivement, porté par un riff entêtant et la voix de Lindblad qui oscille entre intimité et lâcher-prise. Par instant, j'ai le sentiment t'entendre un titre des Doors sans claviers. C'est ce morceau qui a valu au groupe les premières oreilles attentives, et on comprend pourquoi : il résume parfaitement l'ADN du projet.
'Atlanten' change de registre avec quelque chose de plus cosmique, de plus étiré, tandis que 'Tunga Ogon' (littéralement "yeux lourds") convoque l'atmosphère d'une nuit qui n'en finit pas avec son groove funky aux réminiscence de Red Hot Chili Peppers. 'Chimar' est probablement la plus expérimentale dans sa structure, rappelant que Svindel ne cherche pas la formule confortable.
'Ta Mig Tillbaka Till Varlden Nu' — 'Ramène-moi dans le monde maintenant — est le cri final du disque, le plus direct, le plus nu. Et 'En Bla Charad' clôt l'album avec une élégance mélancolique qui laisse une empreinte.
''Drömfeber'', c'est ''une sensation de légèreté, de liberté et de joie'' — ce qui pourrait sembler trop facile si ce n'était pas parfaitement juste. La particularité de chanter en suédois dans un univers psychédélique constitue un choix audacieux qui se révèle gagnant : la langue maternelle donne aux textes un poids poétique que l'anglais n'aurait peut-être pas offert. Svindel navigue vers sa propre île sur l'océan psychédélique, comme ils aiment à le dire eux-mêmes, et ce premier album est déjà une belle destination.