Amis du gras, de la tierce mineure tordue, du riff têtu, du boogie, du shuffle, du blues, de la disto cradingue, soyez BE-NIS !!! Vous allez kiffer cette pépite aussi badass que surprenante.
Car c’est paradoxalement du pays de la Samba, de la Bossa Nova, des Caïpirinha, et de Gilberto Gil que nous vient la triplette de hobos électriques à l'origine de cette galette, et plus exactement de Belo Horizonte.
Et Dieu sait combien il est difficile de deviner que cette pépite directe (30 minutes tout mouillé), gavée de sons gras et poisseux comme on les trouve dans le Sud profond des States (celui des rednecks, mais aussi des juke joints) qui reprend le flambeau du blues dans son incarnation la plus roots, nous vient du Brésil.
De rusticité il est ici clairement question. L’écriture est hypnotique, bâtie autour de riffs répétés à l’envi, ponctuellement réveillée par un bref passage sur les deux autres accords de la grille classique du blues (le fameux I-IV-V). La Cigar Box Guitar (sorte de guitare à une, deux, trois cordes, historiquement bricolée par les esclaves noirs des plantations, en récupérant les boîtes de cigares de leurs maîtres, un manche à balai et du fil à pèche), qui connaît depuis quelques temps un regain d’intérêt, est le personnage principal du voyage au pays de John Lee Hooker, RL Burnside et consort, que nous faisons ici.
C’est rugueux, hypnotique, parfois plus champêtre et lumineux (« Everything », plus moderne aussi dans le traitement), ou bien lascif (le conclusif « Turn the Stone », seul blues mineur – au sens harmonique s’entend – de l’album, moite comme c’est pas permis) mais quoi qu’il en soit suintant d’une connaissance approfondie et d’un respect absolu de l’esprit du blues des origines. L’appellation du « Less is More » prend ici tout son sens, et malgré la simplicité du propos, la magie de l’idiome de Robert Johnson vient faire taper du pied.
La production, organique et empreinte d’une saveur très 70’s, magnifie cette collection de sept titres qui donne envie, au choix, de se fabriquer une pelle pour jouer du bottleneck sous un porche, ou de se pencher sur les artistes qui ont fait émerger il y a plus d’un siècle une mixture à l’image de l’Amérique. On sort le bocal de Moonshiner, on tourne son rocking chair vers le soleil couchant, et on lâche sa complainte sur les malheurs de cette chienne de vie. On n’est pas bien, là ?