Il fut un temps où juste quelques groupes campaient sur les plus hautes marches du métal symphonique, Therion, Nightwish et Within Temptation.
D'autres combos ont bossé dur pour se tailler la part du gâteau, se posant parmi la crème de la crème ; Epica, After Forever, Sirenia et j'en passe des meilleurs.
Si les pays nordiques semblent bien engagés en matière de power symphonique, c'était sans compter sur l'abnégation Espagnole de Diabulus In musica, empruntant cette même voie depuis 2006.
Personnellement, j'ai découvert ce groupe lors de la sortie de son second album « The Wanderer » en 2012. Je fus subjugué par le produit malgré des avis plus durs dans la presse spécialisée ; à l'époque, la qualité du travail était reconnue, certains confrères trouvaient que Diabulus marchait un peu trop sur les bandes d'Epica, ce qui ne permettait pas de distinguer la personnalité type de nos « Pampeluniens ».
Le temps passa, les Ibères ont commencé à se tailler une bien solide réputation surtout lors de la sortie de leur 3ème album, « Argia » en avril 2014. Eu égard à la fameuse qualité de l'opus, nous pouvions estimer que les artistes franchissaient allègrement la porte de la 1ère division du métal symphonique.
Et nous voici maintenant à découvrir le 4ème album, non plus en se demandant à qui il va ressembler, mais comment il va sonner ? Là est toute la nuance.
Comment faire aussi bien qu'Argia, et comment diable espérer le dépasser ? Est-ce possible techniquement ?
Je retrouve le même line-up que celui ayant enfanté l'excellent « Argia » ; Zuberoa nous offre son merveilleux timbre de voix, Gorka Elso poursuit son oeuvre de composition orchestrale, Alexey pose toujours du bon riffing de guitare, Odei tient la basse et David martèle les fûts.
Lors de l'interview du groupe par Marc, boss de United Rock Nations, je suis surpris d'apprendre que nos Ibères ont composé l'album chez eux. Madre Dios, est-ce que le son sera à la hauteur ? Il faut oser, non ?
Enfin, il y a le concept derrière le titre du nouvel opus.
Pour bien comprendre le nouvel album de Diabulus In Musica, je souhaite vous donner quelques clés de décodage qui nécessiteront de votre part, un grand effort pour sortir de l'emprise de l'hyper rationalisme. Nos Espagnols nous plongent plus de 26 000 ans en arrière, à l'époque de la pleine prospérité d'un peuple intelligent, joyeux et pacifiste, vivant au Royaume de Lémurie. En ces temps reculés, la civilisation était guidée avec sagesse par les grands maîtres de lumière. Les relations étaient donc harmonieuses avec les voisins d'autres continents, Maldek et les Atlantes.
Les Atlantes avaient d'autres buts que celui de suivre la loi universelle de l'harmonie ; notamment celui de mener des expériences en génétique visant à créer des êtres dépourvus d'âme, qui seraient de parfaits esclaves. Le principe de sagesse universel était ainsi ébranlé. Un autre peuple allait troquer ses richesses naturelles pour bénéficier de la pleine portée de ces expériences contre nature, les Anunnaki. Le Grand Conseil de la sagesse connaissait un grand schisme en raison de la volonté du moment à mener des expérimentations contraires au principe Divin. Histoire de causer une catastrophe sans précédent, les Anunnaki vont s'allier avec les Archons et l'archange « Hope » pour apporter les ténèbres sur l'ordre préétabli. La Lémurie et Maldek seront attaqués par les Archons, qui n'hésiteront pas à utiliser le cristal, arme absolue capable de dissoudre l'âme et le corps physique.
Des milliers de personnes périrent. Les mensonges Anunnaki permirent de convaincre les plus réticents de raser la Lémurie, qui allait disparaitre, engloutie sous les eaux.
Quelques sages prêtres de lumière purent se réfugier dans les « Himalayas » et en « Amériques » pour entretenir une quête plus louable. Quant aux forces du mal, les dégâts furent si importants, que la terre trembla, recouvrant totalement la civilisation des Atlantes. L'élite intellectuelle ténébreuse allait en réchapper. Et c'est ainsi qu'allait se perpétrer le combat sempiternel entre le bien et le mal.
Les artistes de Diabulus in Musica nous invitent à garder l'espoir, entonnant des chants funèbres en mémoire des sinistres Archons. Nos Espagnols sont bien guidés par les Maîtres de lumière des temps jadis.
Alors, le verdict ?
Premièrement, je découvre un excellent son.
Dès l'intro, «Battle of Atlantis », je retrouve des orchestrations phénoménales ne versant pas dans l'excès, c'est dosé, cadré.
Nous poursuivons sur un superbe titre, «Earthly Illusions », chanté calmement avec grande maîtrise par la ravissante Zuberoa. Le jeu de guitare est vif, le power est bien carré. C'est prenant. Je perçois moins le jeu de basse, noyé par une bonne batterie, posée çà et là dans les passages opportuns.
“Marble Embrace » continue dans le même registre, vous prenant littéralement la pensée.
S'ensuit, “Invisible”, mon premier coup de coeur, qui vous envoûte dans le refrain. Les orchestrations sont dignes d'un Therion. Le groupe porte bien sa propre griffe, le travail de Gorka est bien là et rondement mené.
Le titre suivant, «Crimson Gale » est joué rapidement, Alexey se démène sur son manche. Plus loin dans le morceau, un très bel effet de distorsion viendra donner au morceau, un cachet intéressant. Ce morceau est énorme.
Nous trouvons ensuite un morceau un peu plus déjanté dans le chant, « Ring Around Dark Fairies'Carousel » qui nous fait virevolter dans son aspect musical. La musicalité est profonde et contribue dans son architecture à vous provoquer un véritable tournoiement spirituel. Les artistes ont développé une atmosphère magistrale véritablement féérique. C'était pour mieux nous préparer à la 7ème piste, nettement plus introspective, « A Speck In The Universe » qui surprend par son cadre pausé, une partie éthérée d'une « paisibilité » grandiose. A la 2ème minute et 45'', les instruments construisent un mur massif qui reste imperméable à l'envol de ce titre ouateux. Le titre est splendide tant il vous touche en grande douceur.
Sortons de notre légère torpeur, « Hiding From You » arrive et vous marquera sur le chant qui se complète par l'arrivée d'un Hardeux Péruvien à voix claire, et l'on découvre un Diabulus sonnant tout autrement, en dehors d'un cadre purement Power, quittant sa zone de confort pour ainsi pondre un titre surprenant, nanti de sincérité. Le rendu est époustouflant.
Retour justement dans la maîtrise des Espagnols sur « The Voice of Your Dreams » qui retrouve son élan powerisé. Le chant de Zuberoa s'en va quasiment titiller le niveau De Dame Liv Kristine. Nous restons dans la modération guitaristique alors qu'une compensation est faite par la richesse orchestrale qui creuse le registre du somptueux. Le refrain sera plus épique. Le tout nous donne un très beau morceau.
Une autre pause spirituelle nous sera offerte par les musiciens, vous reliant totalement à la nature sur l'instrumental « The Hawk's Lament », vous aurez l'impression de sentir le souffle d'un vieux maître de lumière sur votre nuque. Si vous êtes un être bon, ne craignez point de franchir la ligne vers « Bane » qui prend le relais, toujours en vous ancrant dans cet univers musical de félicité. Vous ne pouvez plus faire qu'une seule chose, déposer les armes de tous vos conflits. Quelques notes de guitare viendront forer vos derniers freins. Je trouve ici une oeuvre équivalente à la toute puissante beauté de l'énorme « Perfect Harmony » de Within Temptation. Diabulus est bien capable de créer sa propre magie.
C'est totalement conquis que je glisse sur la 12ème piste, « The River of Loss » qui nous maintient l'esprit dans ce havre de paix, musicalement bien joué. Les ténèbres ne peuvent que reculer tant le halo lumineux est fort. Et ces magnifiques choeurs, ils vous redonnent l'élan possédé jadis. Un petit chant growlé viendra raviver nos sources guerrières jusqu'à l'approche de la 4ème minute, où vous serez adoubés pour vous relever dignement, chargés de retourner dans des quêtes sacrées de bienfaisance.
Voilà que démarre le dernier morceau, « Zauria » qui nous donne les dernières instructions emplies de sagesse, pour que nous puissions résister au quotidien aux attaques des Archontes. Les clés vous sont données pour garder toute votre lucidité, maintenir l'harmonie en juste équilibre. La musique ne parle pas à votre esprit, elle s'adresse à votre coeur.
Sortant de la profonde méditation amenée par Diabulus In Musica, je réalise qu'ils ont créé un album titanesque. Plus que de conter une vieille légende, ils nous ont transportés dans les continents oubliés, nous mettant en garde, nous donnant les clés de la plus grande vigilance.
Diabulus est un grand, cela ne fait plus aucunement l'ombre d'un seul doute.
De plus, nos Espagnols sont parvenus effectivement à dépasser le pourtant brillant « Argia », nous montrant qu'ils sont à leur acmé créatrice. Il s'agit bien d'une évolution fulgurante.
Je recommande vivement l'écoute de cet album, à mettre entre tous les esprits, même en ciblant les plus retors.
Quant à Diabulus In Musica, le groupe part en tournée en Allemagne, Suisse, Belgique, Angleterre et offrira 2 dates en France. A ne pas rater !!!