Entre les activités de son combo Queens of the Stone Age et ses nombreuses collaborations (Eagles of Death Metal, Them Crooked Vultures avec Dave Grohl et John Paul Jones, le récent effort « Post Pop Depression » d'Iggy Pop), Josh Homme (prononcez « Homi ») ne s'arrête jamais ou alors pas longtemps. Visiblement épuisé par ces enchainements à répétitions d'albums, de tournées et de projets divers, le rouquin a décidé de « faire une pause ». Seize ans après le dernier méfait commis, l'ex-Kyuss a choisi de relancer les fameuses « Desert Sessions ». Le principe est simple. Josh rameute tout un tas de potes zicos (d'horizons variés) au Rancho de la Luna (emblématique studio d'enregistrement situé dans la bourgade de Joshua Tree dans le désert californien), on s'envoi plusieurs verres et autres substances hallucinogènes et on jamme joyeusement durant quelques jours. Depuis sa création en 1997 (donc quasi en même temps que les débuts de QotSA), 10 volumes nous ont été offerts. Les blases des invités déjà conviés fichent le tournis (Brant Bjork, PJ Harvey, Troy Van Leeuwen, Jeordie White, Nick Oliveri, Mark Lanegan, Josh Freese, Alain Johannes, etc.). Plusieurs titres seront tellement bons que JHo (en fin roublard) les réutilisera plus tard, sous leurs formes initiales ou revues, sur des skeuds des Reines de l'Age de Pierre (les hits 'Make It With Chu', 'Monster In The Parasol', 'Hanging Tree', 'In My Head').
Bref, pour ces volets 11 et 12, respectivement nommés « Arrivederci Despair » et « Tightwads & Nitwits & Critics & Heels », la formule (gagnante) des fois précédentes est reconduite. Retour au ranch pour Josh et ses nouveaux acolytes. Recluse dans ce laboratoire intime (à la fois lieu de vie et studio d'enregistrement avec du matos stocké un peu partout pour faire de la ‘zique), la petite clique s'est laissé aller entre créativité, spontanéité, expérimentations et partages d'idées dans une ambiance détendue. La captation de tout cela est assez atypique. Une partie de chant jouée dans la salle de bain, une piste de batterie exécutée dans les toilettes (?!) ou sur le toit, etc. Les 8 titres ont étés bouclés en seulement quelques jours (mi-décembre 2018) puis finaliser quelques mois plus tard (avec quelques recordings supplémentaires) aux Pink Duck Studios de Burbanks.
Pour le casting, Homme a opté pour du sang neuf. Autour de Les Claypool (chanteur-bassiste de Primus), des expertes ès baguettes Stella Mozgawa (Warpaint) et Carla Azar (Autolux, Jack White), et des gratteux Matt Sweeney (Chavez, Zwan) et David Catching (Eagles Of Death Metal), on retrouve de nouveaux vocalistes. Se succèdent donc Billy F. Gibbons de ZZ Top, qui avait déjà bossé avec les Queens pour l'opus « Lullabies to Paralyse », et son funk blues ('Move Togehter'), Mike Kerr de Royal Blood en mode énervé (le punk rock 'Crucifire'), Jake Shears de Scissor Sisters reparti dans les années 1970 (le mélodique 'Something You Can't See') et « la petite inconnue » Libby Grace et sa ballade folk country ('If You Run'). Toujours très impliqué, le pilier Josh s'octroie 2 compos en tant que lead vocals (le sombre 'Easier Said Than Done', 'Noses in Roses, Forever' et son riff Wah-Wah très QosSA-ien). Outre l'instrumental aux sonorités orientales et psychédéliques (le tout est dans le titre 'Far East For The Trees'), le morceau le plus décalé revient à l'association Matt Berry (comédien de séries vu dans ‘What We Do In The Shadows‘, le sitcom ‘Toast Of London‘) avec un certain Töôrnst Hülpft (l'identité de cet homme mystère demeure un secret). Ces deux compères se retrouvent au milieu d'un délire pop rock où les voix ont été bricolées (l'amusant 'Chic Tweetz').
Le sieur Homme reconnait tout de même avoir un petit regret. The one and only, Lemmy Kilmister, avait accepté de participer à cette fournée. Malheureusement, les agendas des deux rockers n'ont jamais pu se caler avant que le chanteur-bassiste de Motörhead nous quitte fin 2015. Acte manqué pour eux et dommage pour nous. A toute chose malheur est bon, car suite à cette disparition, Josh a quand même décidé de « ralentir la cadence ». Comme quoi…
Partant moins dans tous les sens que certains de leurs prédécesseurs, ces « Vol. 11 & 12 », goupillés par le chef d'orchestre Josh Homme et son collectif hétéroclite, bien qu'un poil courts (31'31 en tout, ça ne s'invente pas), n'en demeurent pas moins assez plaisants à écouter et rafraichissants. Montez donc dans la benne du pick-up et bonne route dans ces « Desert Sessions ».