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Dear God

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

The Pretty Reckless

Taylor Momsen livre ici l'un des albums les plus sincères et les plus aboutis de toute sa carrière !
14 titres
Rock alternatif
Durée : 50
Sorti le 26/06/2026
33 vues
FEARLESS RECORDS
Il aura fallu cinq ans à Taylor Momsen et sa bande pour livrer un cinquième album studio digne de ce nom, et le silence n'a clairement pas été du temps perdu. Depuis ''Death by Rock and Roll'', sorti en 2021 dans un climat de deuil et de résilience, le groupe avait surtout exploré un territoire plus introspectif avec ''Other Worlds'', recueil de reprises et de versions acoustiques paru en 2022. Entre-temps, The Pretty Reckless a vécu une décennie en accéléré : deux années passées à ouvrir pour AC/DC sur leur tournée stadium PWR UP devant plus de trois millions de spectateurs, une apparition remarquée au gala Musicares aux côtés des Foo Fighters pour honorer Mariah Carey, une intronisation au Rock & Roll Hall of Fame où Momsen est montée sur scène avec les survivants de Soundgarden, sans oublier un EP de Noël dont le titre phare a trusté la première place des charts hard rock américains. De quoi nourrir un disque qui ne ressemble en rien à une formalité contractuelle.

Produit par Jonathan Wyman aux côtés de Momsen elle-même et du guitariste Ben Phillips, Dear God s'ouvre par une porte d'entrée chargée de sens : 'For I Am Death', premier single dévoilé après quatre ans de silence radio, est né de ce que la chanteuse a elle-même qualifié de moment de dévastation tranquille. Le texte trouve ses racines dans deux deuils qui ont marqué Momsen au fer rouge à la fin des années 2010 : elle fut l'une des dernières personnes à voir Chris Cornell vivant, alors que le groupe assurait la première partie de Soundgarden, et perdit moins d'un an plus tard son producteur de longue date et ami proche Kato Khandwala dans un accident de moto. Plutôt que de raconter le deuil de front, elle a préféré personnifier la Mort elle-même et la laisser chanter à sa place — un titre qui mêle le glam du Sunset Strip aux riffs lourds façon Sabbath, porté par un groove syncopé et une intensité presque habitée.

Tout l'album s'organise autour de ce climat de tension entre noirceur et lumière, ponctué par les interludes récurrents 'Life Evermore', disséminés dans le désordre chronologique tout au long du disque comme autant de jalons thématiques entre regret, quête de soi et espoir retrouvé. 'When I Wake Up' cache, sous une énergie punk presque festive, le récit d'un rêve qui tourne au cauchemar, celui d'une vie d'excès qui mène droit dans le mur sans qu'on s'en rende compte sur le moment. 'Love Me', de son côté, explore la solitude et la dépression avec une honnêteté qui frappe directement, transformant un thème pourtant rebattu en quelque chose de profondément intime, porté par une interprétation vocale qui oscille entre désespoir et résilience. 'Dragonfire' prend le pari inverse en démarrant en pur format folk acoustique avant de s'étirer progressivement vers quelque chose de plus vaste, presque psychédélique, sans jamais perdre son fil conducteur.

Le titre éponyme, 'Dear God', s'impose comme l'un des sommets du disque : une construction rythmique qui place d'abord la voix de Momsen au premier plan avant de monter crescendo vers un refrain à la fois intime et démesuré, qui interroge l'incertitude spirituelle sans jamais prétendre détenir de réponse facile. Le groupe varie ensuite les couleurs avec une belle générosité : 'About You' canalise la colère et la frustration dans un chant plus écorché, 'Spell On You' déroule une séduction presque envoûtante sur une rythmique pleine de morgue, tandis que 'Rollercoaster of Life' surprend avec une nonchalance funky qui rappelle les Red Hot Chili Peppers sans jamais trahir l'identité du groupe.

Sur la fin du disque, 'Eye of the Storm' aborde le désenchantement social entre passages acoustiques et électriques, 'Devil in Disguise (Michelle's Song)' adopte une perspective plus personnelle et touchante grâce à une instrumentation dépouillée, et 'Dark Days' surprend en convoquant l'esprit feutré du rock seventies à la Fleetwood Mac, offrant une respiration contemplative avant que le morceau 'Life Evermore' final ne vienne refermer la boucle.

Avec un peu plus de cinquante minutes au compteur réparties sur quatorze titres, ''Dear God'' affiche une cohérence rare dans la discographie du groupe : chaque détour, qu'il soit folk, psyché, funk ou punk, demeure relié à un même fil narratif. C'est un disque qui ne cherche plus à prouver quoi que ce soit, porté par un groupe qui a depuis longtemps gagné le droit de simplement être lui-même, et qui livre ici l'un des albums les plus sincères et les plus aboutis de toute sa carrière. Taylor Momsen y confirme, une fois de plus, qu'elle reste l'une des voix les plus habitées du rock contemporain — capable de faire cohabiter la rage et la vulnérabilité dans une même phrase, sans jamais sonner artificielle.