Sans pour autant mériter le qualificatif d’OVNI musical, leur musique n’en est pas moins d’une originalité assez rare, ce qui fait de ce nouvel album un must pour les fans de doom / black mais aussi de post-punk.
Après un premier album qui a vu le jour en 2024 (« Fire blades from the tomb »), les turinois de Ponte del diavolo sont de retour avec une nouvelle galette sous le bras, noire à souhait. En effet, « De venom natura » est à la mesure de la réputation de ce groupe fondé en 2020 qui passe pour être une valeur montante du doom / black transalpin. Constitué de cinq membres dont une chanteuse, Ponte del diavolo propose un mélange classieux et de haute facture entre du doom, du black et du gothic rock avec une pincée de musique électronique.
A l’instar de leurs compatriotes de Messa, les italiens misent sur la voix diaphane et hypnotique de leur vocaliste Elena Carnusso (aka Erba del diavolo) pour rajouter une touche romantique à leur musique. Dès les premiers accords du morceau qui ouvre l’album (« Every tongue has its thorns »), le groupe affirme son identité : On dirait du post-punk des années 80 passé à la moulinette du post-black metal des années 2020, le tout saupoudré de doom metal dans la plus pure tradition.
On est tout de suite transporté dans un univers aussi lugubre qu’enivrant : Imaginez du Sisters of Mercy mixé avec du Candlemass et un peu de Burzum et vous aurez une idée du son qui fait la personnalité de Ponte del diavolo. Dans une approche nettement plus black metal, le groupe enchaîne avec un morceau chanté en italien, « Lunga vita alla necrosi », qui place la barre assez haute. Dans la foulée, « Spirit, blood, posion, ferment ! » rajoute une note folk mais aussi très mélancolique à leur musique.
Davantage axé vers la new wave de la décennie 80, le morceau « Il veleno della natura » pousse encore plus loin dans la sinistrose avec son ambiance sombre et oppressante. Puis, véritable marche funèbre à la gloire du doom metal, le titre « Delta 9 (161) » constitue sans aucun doute un des moments les plus intenses de l’album. Enfin, entre doom métal épique et black metal, le morceau « Silence walk with me » achève de nous plonger dans la mélancolie avec ses riffs d’une noirceur abyssale, d’autant plus que la voix féminine d’Elena laisse parfois sa place à une autre voix, masculine et haut perchée.
Comme pour montrer qu’il n’est pas seulement influencé par le métal mais aussi par le death rock des années 70/80, le groupe choisit de clore la tracklist de cet album par une reprise d’une chanson du groupe culte de new wave Bauhaus. On retrouve le style un peu désuet aujourd’hui des britanniques bien que la version de « In the flat field » proposée par Ponte Del diavolo soit un peu plus rapide que l’originale et aussi teinté de black metal.
A la manière de la chanteuse américaine Chelsea Wolfe, les italiens de Ponte del diavolo ont choisi de faire fi des étiquettes en mélangeant des styles aussi différents que le black metal, le doom, l’électro et la new wave. Sans pour autant mériter le qualificatif d’OVNI musical, leur musique n’en est pas moins d’une originalité assez rare, ce qui fait de ce nouvel album, qui sort sur le label marseillais Season of mist, un must pour les fans de doom / black mais aussi de post-punk.