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Cream of the Crap ! Collected Non Album Works Volume 3

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

The Hellacopters

"Volume 3" est une sorte de carte d’identité : les Hellacopters, ce sont des titres originaux solides, mais aussi une culture musicale immense et assumée
24 titres
Rock 'n' Roll, Hard Rock
Durée : 77
Sorti le 13/02/2026
167 vues
Il y a des groupes qui écrivent leur histoire dans des albums “officiels”… et d’autres qui la laissent déborder partout : faces B, singles perdus, EP pressés à la hâte, titres disséminés sur des compilations devenues introuvables. The Hellacopters font partie de cette seconde race — celle des collectionneurs compulsifs, des artisans du riff, des maniaques du morceau bonus qui, parfois, vaut une face A.

Ce Volume 3 arrive comme un retour longuement attendu dans une série de raretés entamée au début des années 2000, avec une ambition claire : remettre en circulation une période particulièrement prolifique, où le groupe enregistrait presque autant qu’il tournait, et où une bonne partie des titres n’existait que sur vinyles limités. La compilation a été méticuleusement assemblée par le batteur Robert Eriksson, puis remasterisée pour donner du relief à ces trésors parallèles.

Et oui : ce n’est pas juste une compilation de non-album tracks. C’est aussi une déclaration d’amour à leurs influences, car les reprises y sont nombreuses, et pas choisies au hasard : Motörhead, Alice Cooper, Ramones, MC5, Smokey Robinson, Wilson Pickett, Lynyrd Skynyrd, The Nomads… et d’autres.

Dès que ''Long Gone Losers'' démarre, on retrouve cette sensation typique : le groupe ne présente pas un disque, il ouvre la porte d’un local de répétition et te prend par le col pour t’y entraîner. C’est court, nerveux, incandescent — et ça dit tout du projet : ici, pas de vernis ''best of'', mais une énergie brute remise en pleine lumière. Dans la même veine, des titres comme ''Disappointment Blues'' ou ''Freeway To Hell'' font résonner l’ADN 70’s du groupe : un rock à la fois carré et vivant, qui donne l’impression de marcher sur une scène collante de bière, amplis à bloc, sourire carnassier. Ce sont les morceaux qui te rappellent pourquoi les Hellacopters ont toujours eu ce truc rare : savoir être massifs sans perdre la mélodie, et être classiques sans jamais sentir la naphtaline.

Puis vient l’un des grands plaisirs du disque : la manière dont le groupe assume son amour pour Detroit et ses saints patrons. Quand ''American Ruse'' surgit, on n’est pas face à un clin d’œil : c’est un hommage frontal à MC5, à cette urgence proto-punk où tout doit aller vite, fort, droit. Et ça colle parfaitement aux Hellacopters : ce qu’ils jouent depuis toujours, c’est justement cette frontière entre rock’n’roll classique et vitesse punk. Dans cette zone ''garage culte'', ''I Get A Sensation'' (reprise d’Adam West) a aussi son rôle : on sent un goût pour les morceaux de connaisseurs, les titres qu’on ne choisit pas pour faire joli, mais parce qu’ils racontent une filiation réelle — celle d’un groupe qui s’est construit autant dans les bacs poussiéreux que sur scène.

Là où l’album devient franchement jubilatoire, c’est quand il bascule dans le punk pur jus : pas une influence vague, mais des reprises qui claquent comme des portes. ''What’d Ya Do'' (The Ramones) et ''Stab Your Back'' (The Damned) ne sont pas posées là en ''bonus fun'' : elles révèlent l’autre cœur battant du groupe, celui qui tape plus vite que le blues, et qui préfère la morsure à la caresse. Et à ce moment-là, tu comprends ce que ce Volume 3 raconte en filigrane : les Hellacopters ne sont pas un groupe de hard rock qui a ''un peu'' de punk… ce sont des passionnés de rock’n’roll au sens large, capables de passer du cuir au cambouis, du swing au pogo, sans changer d’identité.

Impossible aussi de passer à côté des reprises qui servent de trophées : celles qu’on connaît tous, celles où tu n’as pas le droit de tricher. ''I’m Eighteen'' (Alice Cooper) fait partie de ces monuments, et le groupe s’en sort avec panache : pas en copiant, mais en injectant son propre moteur dans une carrosserie sacrée. Même logique avec ''Speedfreak'' (Motörhead) : le morceau n’est pas là pour faire plaisir aux fans de Lemmy sur le papier, il est là parce que l’énergie Motörhead — directe, sans filtre — est cousine de celle des Hellacopters. Et quand on écoute ça dans le contexte de la compile, on a l’impression de voir un arbre généalogique se dessiner en riffs.

Le charme de 'Cream Of The Crap! Vol. 3', c’est aussi sa capacité à surprendre : au milieu des guitares, les Hellacopters n’oublient jamais la soul et le groove. ''Get Ready'' (Smokey Robinson) apporte cette respiration, et ''Little Miss Sweetness'' (The Temptations) glisse une lumière plus douce, plus swing, presque insolente dans ce bain d’octane. Et pourtant ça marche : parce que Nicke Andersson et ses gars ont toujours eu cette science du rythme qui fait hocher la tête autant que lever le poing.

Enfin, le disque joue la carte des liens : ''Pack Of Lies'' renvoie à The Nomads, comme une manière de dire ''on vient aussi de là'', d’inscrire le groupe dans une histoire suédoise du rock garage. Et quand la compile cite des deep cuts comme ''Heaven'' (Scott Morgan), on comprend que le propos dépasse le simple plaisir d’archive : ce Volume 3 est aussi un portrait de collectionneur, un collage d’influences où chaque reprise est une pièce rapportée, mais soigneusement choisie.

Au fond, 'Cream Of The Crap! Vol. 3' ne se résume pas à des raretés remasterisées. C’est un disque qui raconte une vérité très rock : parfois, la meilleure définition d’un groupe se trouve dans ses marges. L’album devient une sorte de carte d’identité : les Hellacopters, ce sont des chansons originales solides, mais aussi une culture musicale immense et assumée.