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Crash !

CARMZIOFA
Rédacteur en Chef

Rat Boy

des riffs qui claquent, des basses qui tapent et un groupe qui n'a jamais semblé aussi soudé ! Punk forever !
18 titres
Ska Punk
Durée : 41
Sorti le 26/06/2026
28 vues
HELLCAT RECORDS
Jordan Cardy n'a jamais été du genre à se cacher derrière des concepts fumeux. Depuis ses débuts sur SoundCloud où des camarades de classe trouvaient qu'il ressemblait à un rat, le bonhomme d'Essex a construit toute sa carrière sur une honnêteté presque brutale, mélangeant hip-hop, indie rock et un sens de l'autodérision qui a fait sa marque de fabrique. En 2024, ''Suburbia Calling'' l'avait vu pousser le curseur du côté du ska, du punk, du hip-hop et du hardcore, un disque touffu qui avait confirmé le retour en grâce du groupe sur les scènes européennes. Deux ans plus tard, place à ''Crash!'', quatrième effort studio du combo et premier vrai virage assumé : cette fois, exit l'humour qui enrobait habituellement les textes, Rat Boy joue cartes sur table.

Le line-up n'a pas bougé d'un cheveu : toujours Jordan Cardy au chant et à la guitare, Harry Todd à la seconde guitare, Liam Haygarth à la basse et Noah Booth derrière les fûts. Mais l'événement de cet album, c'est évidemment la présence de Tim Armstrong de Rancid à la coproduction et même à la guitare lead sur certains morceaux — une collaboration qui n'a rien d'un coup marketing puisque le chanteur de Rancid avait déjà mis la main à la pâte sur ''Internationally Unknown'' quelques années plus tôt. Mais c'est surtout les conditions d'enregistrement qui donnent à ''Crash!'' sa texture si particulière : le groupe a planté deux cabanons dans le jardin de la chanteuse Suzi Quatro, Noah Booth courant littéralement de l'un à l'autre pendant les sessions. Cardy raconte que la pièce n'était pas insonorisée, qu'il n'y avait aucun traitement acoustique, et que la batterie sonnait dingue justement parce qu'elle était brute de décoffrage, sans le moindre trigger. Le groupe partageait même un seul retour casque divisé en plusieurs sorties, au point de devoir jouer quasiment à l'aveugle, en faisant confiance à son instinct collectif plutôt qu'à ses oreilles. Une méthode de dingue, mais qui colle parfaitement à l'intention du disque : retranscrire sur bande l'énergie brute des concerts européens qui ont rythmé les dernières années de tournée du groupe.

Et ça s'entend dès l'ouverture. 'Broken', premier extrait dévoilé en single, co-écrit avec Tim Armstrong lui-même, pose le ton avec des riffs déchiquetés et cette crasse 90's revendiquée, sans pour autant renier la malice habituelle de Cardy. 'High Life' embraye juste derrière avec cette urgence two-step/ska-punk propre au groupe, portée par une basse rapide et un chant presque métronomique : le morceau, composé en à peine une heure avec Armstrong à la guitare lead, raconte les longueurs absurdes que certains sont prêts à parcourir, jusqu'à y risquer leur peau, pour chasser le statut et la fortune. Cardy lui-même décrit ce titre comme un véritable concentré de ce que le groupe veut montrer aujourd'hui : une énergie pure, quatre musiciens verrouillés ensemble, sans calcul.

L'album ne se contente pas pour autant d'enchaîner les coups de poing. 'Sick Of It', écrit pour moitié dès la fin 2024, s'attaque frontalement à la routine du quotidien, ce sentiment d'être pris au piège d'un cycle où l'on travaille juste pour tenir, sans jamais pouvoir avancer ni économiser parce que tout est déjà compté à l'avance. Le clip qui l'accompagne, tourné dans les rues de Londres et devant Buckingham Palace planche à roulettes à la main, illustre à merveille cette défiance punk caractéristique du groupe, enrobée ici de guitares saturées et de mélodies entêtantes. Quant à 'Make Me Stay' et 'No Stars, sont les titres les plus représentatifs de cette esthétique brute mi-90's, entre refrains accrocheurs et esprit rebelle assumé — la colonne vertébrale de tout l'album, en somme.

Dix-huit titres en quarante et une minutes : ''Crash!'' ne traîne jamais en route, et c'est précisément ce qui en fait sa force. Même le visuel de la pochette, fabriqué selon des méthodes pré-numériques, refuse toute forme de lissage pour rester fidèle à cette urgence physique et tactile qui irrigue tout le disque. Ce que Rat Boy livre ici, c'est moins un album de studio qu'un instantané de tournée capturé sur le vif, où chaque imperfection devient une qualité plutôt qu'un défaut. Loin des expérimentations tous azimuts de ''Suburbia Calling'', ''Crash!'' referme la parenthèse pour revenir à l'essentiel : des riffs qui claquent, des basses qui tapent et un groupe qui n'a jamais semblé aussi soudé que dans cette cabane non insonorisée du jardin de Suzi Quatro.